Pierre BRASME

Mieux connaître l’Histoire de la Moselle

18 octobre, 2009

Moselle : Histoire et patrimoine

Enregistré dans : Histoire de la Moselle — pbrasme @ 8:00

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Pour me connaître : cliquez sur l'image

Bienvenue sur mon blog

consacré à l'histoire

de la MOSELLE !

6 octobre 2009 : le 10 000e visiteur !

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La formation du département de la Moselle
après la guerre de 1870

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Docteur en Histoire contemporaine
membre correspondant de l' Académie nationale de Metz
président fondateur de la Société d'Histoire de Woippy
co-organisateur du Salon du Livre d'Histoire de Woippy
auteur de douze ouvrages historiques,
je vous invite à découvrir

l'HISTOIRE et le PATRIMOINE

du département de la MOSELLE

à travers

- Des articles
- Des conseils de lecture
- Des rendez-vous culturels à ne pas manquer

- Des idées de visites et de sorties “historiques”
- Des liens avec des sites et des blogs liés à l'histoire de la Moselle

Ce blog est aussi le vôtre !
N'hésitez pas à me contacter
pour publier vos articles
ou me faire part de vos suggestions

as.brasme@wanadoo.fr

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Avec François Grosdidier, député-maire de Woippy (à droite)
j'accueille l'historien Marc FERRO (2e à gauche)
au Salon du Livre d'Histoire de Woippy 2006

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Avec l'archéologue Jean-Yves EMPEREUR,
directeur du Centre d'Etudes Alexandrines,
invité d'honneur du Salon du Livre 2007

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A Varsberg, lors de la présentation de mon ouvrage
Moselle 1918. Le retour à la France
Délivrance, bonheurs, désenchantement
dédié à la mémoire du petit Robert Keller
(11 novembre 2008)

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GONZAGUE SAINT BRIS

parrain du 7e Salon du Livre d'Histoire
de Woippy (14-15 novembre 2009)

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Pour en savoir plus sur Gonzague Saint Bris :
Cliquer sur la photo

Gonzague Saint Bris présentera une conférence :

La Fayette, la stature de la liberté

Samedi 14 novembre 2009 à 15 h 30
(Espace Conférence - Salle Saint-Exupéry)

RAINER HUDEMANN

Professeur à l'Université de la Sarre
invité d'honneur du Salon du Livre


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Pour en savoir plus sur Rainer Hudemann :
Cliquer sur la photo

Le Professeur Rainer Hudemann présentera une conférence :

Un aspect des relations franco-allemandes au XXe siècle :
la question sarroise, conflits et coopération

Dimanche 15 novembre 2009 à 15 h
(Espace Conférence - Salle Saint-Exupéry)

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Le programme du 7e Salon du Livre
d'Histoire de Woippy

  • SAMEDI 14 NOVEMBRE 2009 :

- 10H00 : Ouverture du Salon
- 14H30 : Inauguration à 14H30
- 15H30 : Conférence : « La Fayette, la stature de la liberté », par Gonzague SAINT BRIS, Parrain du Salon
- 17H00 : Remise du Prix d'Histoire de la Ville de Woippy
- 19H00 : Fermeture du Salon

  • DIMANCHE 15 NOVEMBRE 2009 :

- 10H00 : Ouverture du Salon
- 11H00 : Table ronde en présence de Madame Jeanne VINCLER, Monsieur Pierre BRONN, Monsieur le Pasteur Freddy VANWEDDIGEN et Monsieur Julien LEONARD : « Le Calvinisme à Metz et dans le Pays Messin », à l’occasion du 5ème centenaire de la naissance de Jean Calvin (voir détail ci-dessous)
- 15H00 : Conférence : « Un aspect des relations franco-allemandes au XXème siècle. La question sarroise : conflits et coopération », par Monsieur le Professeur Rainer HUDEMANN
- 16H30 : Remise du Prix René Paquet, décerné par la Société d’Histoire de Woippy
- 18H00 : Fermeture du Salon

  • EXPOSITIONS :

- L’imagerie militaire Wentzel : le trésor de Wissembourg
- « Le conflit religieux à Moulins-lès-Metz pendant la Révolution française ».
- Exposition philatélique sur le thème « La Révolution française »
- Vitraux de l’Entreprise SALMON à Woippy

Durant le Salon, interviews d'auteurs par Madame Nicole FAESSEL

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Du timbre à l'image : Woippy expose

Table ronde

« Le Calvinisme à Metz et dans le Pays messin »
Dimanche 15 novembre à 11 h - Espace Conférence

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Le 10 juillet 1509 naissait à Noyon (Picardie) Jean Cauvin, qui allait devenir Jean CALVIN, la grande figure, avec Luther, de la Réforme religieuse du XVIe siècle. Son influence a été déterminante dans la naissance du protestantisme à Metz et en Moselle, même s’il n’y a jamais séjourné : grâce à des hommes comme Guillaume Farel et Pierre de Cologne, le calvinisme, réforme de langue française et plus urbaine que rurale, s’y implante et s’y développe – surtout vers les années 1560 – au point que Metz compte, à la mort de Calvin en 1564, quelque 10 000 calvinistes, soit la moitié de la population messine ! Le Salon du Livre d’Histoire de Woippy ne pouvait laisser passer une telle occasion de rappeler le rôle de Calvin, théologie, économiste et organisateur hors du commun, en organisant une table ronde entre quatre spécialistes de la question, animée par le journaliste Nicolas BASTUCK :

1- Madame Jeanne VINCLER, professeur de Lettres au collège de Boulay, présidente de l’association « Du Chaussy à Courcelles ». Spécialiste de l’histoire du calvinisme à Metz et dans le Pays messin, elle vient de transcrire en français courant « Le Traité des Reliques » de Jean Calvin.
Lire l'article de J. VINCLER : Le calvinisme à Metz
2- Monsieur Pierre BRONN
, chirurgien à l’hôpital Saint-André de Metz, président du Conseil presbytéral de la paroisse protestante du Temple Neuf à Metz, président de la Société des Sciences Médicales de la Moselle, auteur de l’ouvrage Le protestantisme en Pays messin – Histoire et lieux de mémoire (éditions Serpenoise, 2007).
3-
Monsieur le pasteur Freddy VANWEDDINGEN, ancien président du Consistoire réformé de Metz, président de l’Association Espace protestant de Rencontre et d’Animation, directeur artistique de la salle Braun de Metz, depuis 2009 pasteur de la paroisse Saint-Paul de Strasbourg.
4- Monsieur Julien LÉONARD
, professeur agrégé d’Histoire au lycée Charlemagne de Thionville, doctorant à l’Université Lyon III avec un projet de thèse sur le pasteur messin Paul Ferry (1591-1669).

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Quelques vues anciennes
de la cathédrale de Metz

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DES ARTICLES A CONSULTER…

Vous trouverez sur ce blog de nombreux articles consacrés à l'histoire de la Moselle, aussi bien des notices biographiques que des articles de fond. La plupart sont dus à ma plume (parfois extraits de mes différents ouvrages), les autres sont signés de personnes qui ont bien voulu accepter de me les confier. Pour accéder à ces articles, il vous suffit de cliquer dans la colonne de droite, soit dans la partie supérieure, soit dans la partie inférieure.

Derniers articles mis en ligne

- Auguste Migette (1802-1884) : un peintre et dessinateur messin
- Un aspect du calvinisme à Metz : une lettre des réformés messins à Calvin (1559)
- La population de Metz au XIXe siècle (1815-1914).
- Du Maroc à Morhange : le général Diou (1855-1914).

Chroniques du Graoully

Revue annuelle de la Société d'Histoire de Woippy

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Cliquer sur l'image

Un certain nombre d'articles parus dans cette revue, qui existe depuis 1991, sont consultables sur le site de la S.H.W. :

-La bataille de Mars-la-Tour, 16 août 1870 (Jean Nauroy, 1994)
-Les derniers loups en Moselle (Jean-Claude Fayet, 1994)
-4 septembre 1944 : l'évacuation de Woippy (Armand Henry, 1994)
-L'instabilité de la main-d'oeuvre ouvrière dans les usines sidérurgiques de Lorraine de 1880 à 1914 (Piero Galloro, 1996)
-Petite visite du cimetière de Woippy (Philippe Thoen, 1997)
-La maison abbatiale de Saint-Arnoul (René Mognon, 1997))
-Les musées de Metz au XIXe siècle (Jean-Christophe Diedrich, 1997)
-La société rurale à Woippy dans la première moitié du XIXe siècle (Pierre Brasme, 1997)
-Tavernes et hôtelleries à Metz au XVIIIe siècle (Martial Gantelet, 1998)
-Mgr Dupont des Loges, évêque de Metz (1843-1886) (Jean-Baptiste Laurent, 1998)
-L'élite messine et ses musées au XIXe siècle (Jean-Christophe Diedrich, 1998)
-Le mépris urbain au début du XVIe siècle : Metz et Woippy dans la Chronique de Philippe de Vigneulles (Martial Gantelet, 2002)
-1870 : un capitaine woippycien à Sedan, un général breton à Woippy : Emile Ambroise Henderson et Emiel Armand Gibon (Pierre Brasme, 2003)
-Bossuet, figure de l'année 2004 à Metz (René Mognon, 2004)
-Les aumôniers militaires à Metz de 1802 à 1870 (Christian Mérot, 1-2005)
-Les aumôniers militaires à Metz de 1802 à 1870 (Christian Mérot, 2-2006)
- Un exemple de gestion de la pauvreté au XIXe siècle : le dépôt de mendicité de la Moselle (1845-1870) (Frédéric Troilo, 2005)
-Les mines de fer de Moselle et la Seconde Guerre mondiale (Pierre Sedej, 2005)
-Les lansquenets de Charles-Quint (René Mognon, 2006)
-Nicolas Boucheré, un missionnaire woippycien en Chine (Philippe Thoen, 2006)
-Kerr François-Xavier Roussel, un peintre natif de Lorry-lès-Metz (François Courtade, 2006)
-Les tribulations d'un Messin en Chine : le capitaine Charles de Lardemelle dans la guerre des Boxers en 1900 (Pierre Brasme, 2006)

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SITES ET BLOGS À DECOUVRIR…

Sites web et blogs se sont multipliés ces dernières années, permettant une diffusion extraordinaire de l'information et de la connaissance. Beaucoup sont réalisés avec sérieux et mis à jour régulièrement, et sont d'une grande convivialité et d'un accès aisé. Leur intérêt réside aussi dans les liens créés entre eux, qui permettent une boucle sans fin. C'est aussi dans cet esprit que j'ai créé ce blog sur l'Histoire de la Moselle.

Vous trouverez dans la colonne de droite un certain nombre de liens avec des institutions, des associations, des maisons d'édition, des sites ou des blogs personnels. Certains de ces sites m'ont semblé plus particulièrement intéressants, et dignes de figurer dans la “sélection” ci-dessous, avec un accès direct.

N'hésitez pas à me contacter si vous souhaitez voir établir un lien
avec votre propre site à partir de ce blog !

1- Raconte-moi-Woippy : un site d'une extraordinaire richesse et de navigation aisée, créé par Philippe THOEN (trésorier de la Société d'Histoire de Woippy) à partir des journaux et de sa propre collection de cartes postales et de photographies anciennes.

2- La bataille de Morhange-Sarrebourg et le combat de Lagarde (août 1914) : pour mieux connaître les premières semaines de la guerre en Lorraine, les deux blogs de Jacques DIDIER, vice-président de la Société d'Histoire de Woippy et auteur de plusieurs ouvrages sur ce tragique épisode de la guerre encore trop méconnu de beaucoup de Français

3- Association Journées Européennes de la Culture Juive-Lorraine : le blog agréable et très convivial de l'Association présidée pour la Lorraine par Désirée MAYER, membre de l'Académie Nationale de Metz.

4- Autour des Arènes de Metz-Sablon : le site original et riche de Michèle GRANDVEAUX sur l'histoire de ce quartier original de Metz… avec en prime de belles photos du Centre Pompidou en construction !

5- Miroir du temps de Metz : l'excellent et étonnant site de Thierry SCHOENDORFF, consacré à Metz, ou quand les cartes postales anciennes sont juxtaposées à des photos récentes.

6- Moselle humiliée : Jacques GANDEBEUF, ancien journaliste au Républicain Lorrain, raconte les années noires de l'histoire de la Moselle.

7- La Ligne Maginot en Moselle : plusieurs sites et blogs sont consacrés à la Ligne Maginot en Moselle. En voici un qui me semble particulièrement bien conçu.

8- À la découverte de l'histoire de la Moselle : avec Roland HANEN, découvrez les grandes étapes de l'histoire du département.

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DES LIVRES A LIRE…

Principal éditeur mosellan,
les Editions SERPENOISE publient chaque année
un certain nombre d'ouvrages
sur l'histoire et le patrimoine de la Moselle et de la Lorraine.
Vous trouverez ci-dessous un choix des dernières publications “Serpenoise”

Editions Serpenoise
(Directrice : Mme Antonella KREBS)
3, Avenue des 2 Fontaines
B.P. 70090 - 57004 METZ Cedex 1
Tél. 03 87 34 19 79

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Les ouvrages de Marie-Louise ANTENUCCI : cliquer sur l'image

Docteur en Histoire contemporaine (Université de Metz), professeur d'Histoire-Géographie au lycée Alfred-Mézières de Longwy, membre du Comité de la Société d'Histoire de Woippy,
Marie Louise ANTENUCCI est la spécialiste lorraine de l'immigration italienne. Elle a publié en 2004
Parcours d'Italie en Moselle, et collabore à des ouvrages sur l'histoire de Villerupt.
Dans Ritals ici, Lorrains là-bas, elle relate les péripéties d'une population venue en Lorraine pour le travail, dans un pays fort différent de l'Italie natale. Marie-Louise Antenucci, qui s'intéresse surtout à la période de 1939 à nos jours, décrit “le nouvel environnement et les découvertes de ces familles qui ont eu le courage de quitter leurs chaudes contrées du sud, dans l'espoir d'une vie meilleure” (Extrait de la 4e de couverture).
Ouvrage préfacé par Lido et Pierre BERTINOTTI)

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Les ouvrages de Jean-Claude BERRAR : cliquer sur l'image

Avec son 8e ouvrage réalisé grâce à sa collection exceptionnelle de cartes postales anciennes, Jean-Claude BERRAR, membre du Comité de la Société d'Histoire de Woippy, “fait revivre par l'image les “Cent Glorieuses” de la sidérurgie lorraine… Ce livre paraît au moment où la crise économique mondiale fait peser sur celle-ci de lourds nuages. Son avenir se joue maintenant à des milliers de kilomètres de nos vallées… Nul ne peut prédire ce qu'il sera et si l'acier coulera à nouveau à Florange. Ce qui est sûr, c'est que le visage de l'industrie du fer qui sortira de ce séisme économique ne pourra plus être le même” (Extrait de la préface d'Alain GATTI, historien et responsable syndical CFDT).

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Jeune historien, Sébastien WAGNER évoque dans cet ouvrage l'historique du tracé et explique toutes les dénominations successives des rues de Metz. Il permet à chacun de partir à la découverte de sa rue ou de son quartier, de comprendre l'évolution et l'accroissement d'une ville deux fois millénaire. Livre d'histoire, d'archives et de mémoire, ce Dictionnaire n'est donc pas uniquement destiné aux chercheurs ou aux érudits, mais à tous les Messins curieux et amoureux d'une cité au passé prestigieux. Les 1100 noms de voies attribuées sur le territoire messin forment le Livre d'or de la ville : mesure de l'hommage à ses plus illustres enfants, à des personnages liés à elle, clin d'oeil à des activités ancestrales ou encore souvenance d'anciens lieux-dits, aujourd'hui disparus ou en voie de disparition. (Source : site web des éditions Serpenoise)

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Jacques GANDEBEUF, ancien journaliste au Républicain Lorrain,
fait sortir de l'oubli Herta Strauch, alias Adrienne Thomas. Engagée en août 1914 comme aide-infirmière à la gare de Metz, elle a raconté son expérience dans son roman autobiographique “Catherine wird Soldat“. Jusqu’à sa mort à Vienne en 1980, elle est restée marquée par son passé mosellan. Hélas, Metz n’a gardé qu’une imagerie d’Epinal de ces « Prussiens » de la première annexion. C’est de bonne guerre. Mais comment expliquer la froideur d’une ville habituellement si accueillante, envers une femme de cette envergure à qui l’on n’a même pas offert une plaque de rue ? Une seule réponse : Adrienne était allemande. L’idée qu’une Berlinoise puisse, pendant cinquante ans, clamer son amour pour un pays qui n’était pas le sien, cette idée fut longtemps insupportable… Adrienne Thomas est une orpheline de Metz : Jacques Gandebeuf lui a redonné vie.

Parus aux Editions L'HARMATTAN

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Les deux nouveaux ouvrages du docteur André BRULÉ,
spécialiste de l'histoire de la sorcellerie à Metz et dans le Pays messin

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17 août, 2009

- Un aspect du calvinisme à Metz (1559)

Enregistré dans : Histoire de la Moselle — pbrasme @ 9:17

 Lettre des réformés messins à Calvin et aux dirigeants de Genève

(30 avril 1559)

Très honorés frères,

            Nous vous prions de nous recommander auprès des princes de l’Empire à l’occasion de cette journée qui doit se tenir à Augsbourg (1). Qu’il vous plaise de mentionner dans votre écrit un cas qui est advenu il y a cinq ou six semaines de cela : à savoir celui d’un maître d’école que les chanoines de la grande église avaient retenu à leur service. Or, quelque temps après qu’il fut reçu en cette charge et office, il fut invité à un banquet par un des principaux de ladite église. Au cours de ce repas le maître d’école tint des propos sur la vraie religion, propos par lesquels il condamnait tant le purgatoire que la vénération des saints  et autres superstitions papistiques. Les chanoines le firent arrêter et depuis l’arrivée de l’évêque (2), ils l’ont laissé mourir en prison dans le plus grand secret. Vous pouvez nous aider en cela et nous vous en prions car nous en avons grand besoin.

            Sachez que dans le même temps nous avons continué et continuerons toujours nos assemblées (3) avec l’aide de Dieu. De plus nous avons présenté plusieurs requêtes au Magistrat (4)  messin. Dans celle du 17 mars dont nous vous envoyons copie, nous avons demandé et obtenu l’autorisation de ne pas participer aux cérémonies et superstitions papistiques ni de fréquenter leurs églises. Nous nous assemblons discrètement dans nos maisons sans être molestés.

            Il est vrai qu’un de nos frères étant à l’agonie fut visité par le curé de sa paroisse, il lui dit franchement qu’il ne voulait pas avoir affaire à lui d’autant plus qu’il avait reçu en signe la Confession d’Augsbourg (5) et qu’il voulait vivre et mourir dans cette confession. Après cela il advint que le pauvre homme mourut le lundi 27 mars. Sa famille voulut le porter en terre mais en fut empêchée par ledit curé. Elle s’adressa aux Anciens qui allèrent trouver le Magistrat afin qu’on leur accordât une place où enterrer leurs morts. Ce qui leur fut concédé près d’un lieu appelé la « Fosse aux serpents ». Les fidèles au nombre de mille à douze cents, accompagnèrent ainsi le corps du défunt après dîner. Cela fait, l’évêque porta plainte auprès du gouverneur (6) dans le but de faire déterrer et punir le cadavre sous prétexte que le défunt était mort dans l’hérésie de l’anabaptisme. Les fidèles firent une nouvelle requête auprès du Magistrat lequel s’adressa au gouverneur et à l’évêque pour signifier à ce dernier qu’il n’avait aucun pouvoir de justice sur les bourgeois de la cité où du reste il ne pouvait entrer ni sortir sans la permission dudit Magistrat. Nous prouverons que l’accusation portée contre le défunt est fausse.

            Par ailleurs sachez que le nombre de fidèles croît chaque jour et ceux qui fréquentent une première fois nos assemblées renoncent définitivement aux superstitions papales.

Le présent porteur de cette lettre parfaitement au courant de ce qui se passe à Metz pourra vous en dire plus que nous ne pouvons le faire par écrit. En faisant fin à la présente, nous nous recommandons de nouveau à votre bienveillance et à vos prières.

                        De Metz ce dernier d’avril 1559 (7)

                        Phylype Didon  -Estienne Meny-Jean Dieterich-Mangin le Volvable (?)          

    

 2009 est « l’année Calvin », les manifestations tant en France qu’en Suisse sont nombreuses à commémorer le 500e anniversaire de la naissance du réformateur à Noyon le 10 juillet 1509. Quand on sait le rayonnement international dont Calvin a bénéficié de son vivant depuis Genève, il n’est pas étonnant que les réformés messins aient eu recours à lui dans leur quête désespérée du libre exercice de leur culte. Désespérée certes, car au moment de la rédaction de cette lettre, il s’est écoulé 35 ans au cours desquels les tentatives pour introduire la Réforme dans Metz se sont succédées vainement voire soldées pour certains prédicants par le bûcher.

 Quelle différence avec ce qui se passait à Strasbourg, elle aussi ville libre d’Empire mais dont le Magistrat , contrairement à celui de Metz, avait adopté dès 1524 les idées de Luther au point de voter en 1529 la suppression pure et simple de la messe. Strasbourg, sous l’impulsion de Martin Bucer,un ancien dominicain,  devint très vite non seulement un « atelier d’idées réformatrices »mais aussi un refuge où séjourneront ceux dont la vie est menacée en raison de leurs opinions religieuses jugées hérétiques : on y retrouve de grands noms  comme Farel, Lefèvre d’Etaples, Calvin mais aussi des Messins et parmi eux Claude Antoine de Vienne, comte de Clervant et époux de Catherine de Heu.

 Cela dit, en dépit des interdits et de la persécution, le nombre de luthériens à Metz ne fera que croître au fil des décennies. La communauté est certes condamnée à la clandestinité et se contente de tenir des assemblées discrètes chez l’un ou l’autre. On y lit et commente la Bible version française, ou encore les ouvrages des réformateurs en provenance de Suisse ou de Strasbourg grâce aux bons offices de quelque marchand ou porteur. Mais aux risques et périls de chacun.

 Pour sortir de la clandestinité et de l’illégalité,il fallait faire pression sur un Magistrat messin  inflexible en matière de religion à quelques rares exceptions,( les familles patriciennes messines telles les Gournay et les Raigecourt sont connues pour leur attachement à la religion catholique). C’est pourquoi les réformés avaient eu maintes fois recours à la voie diplomatique que ce soit avant ou après 1553 (8). Que d’échanges épistolaires entre les évangéliques de Metz et ceux de Strasbourg à qui les premiers demandent d’intervenir auprès des princes protestants d’Allemagne de la ligue de Smalkalde (9) afin qu’ils plaident leur cause auprès du Magistrat messin ! Ce fut en vain, du temps où Metz faisait encore partie du Saint Empire, le maître échevin quel qu’il fût éludait la question en répondant qu’il ne leur était pas permis de prendre une décision sans en référer au préalable à l’empereur. La lettre dont nous donnons copie s’inscrit dans le même type démarche à ceci près que les Messins sous protection  française depuis 6 ans, s’adressent cette fois aux pasteurs de Genève et donc à Calvin au moment précis où se tient à Augsbourg la diète d’empire à laquelle assistent les princes luthériens allemands, leurs alliés.

            Il va sans dire que depuis l’apparition d’un premier foyer évangélique à Metz (vers 1524) jusqu’à l’année qui nous occupe(1559), Farel puis Calvin étaient parfaitement au courant des difficultés rencontrées par les messins et ce pour deux raisons :lors de son séjour à Strasbourg de 1538 à 1541, Calvin eut l’occasion d’accompagner les délégués de la ville libre de Strasbourg aux diètes et colloques où il était urgent pour Charles Quint de régler les différends religieux dont l’Empire commençait à pâtir. Calvin se trouve donc à Francfort en février 1539, à Haguenau en 1540 et à Worms durant l’hiver 1540 -1541. Si Calvin y fait la connaissance du réformateur  Melanchthon, il fait aussi celle des délégués messins dont il ne peut que constater la fidélité à la religion catholique de leur maître et empereur. Par ailleurs, fin septembre 1539 , Calvin n’avait-il pas envoyé son propre frère Antoine dans  Metz pour y tâter le terrain et voir si l’on ne pourrait pas assurer une prédication quelconque ! Tentative vaine ; comme ses prédécesseurs, Antoine Calvin dut quitter la ville au plus vite une fois sa présence repérée et signalée à la Justice. Farel étant alors à Neuchâtel, Jean Calvin lui fit part de cet échec dans une lettre écrite de Strasbourg le 27 octobre 1539. Il conclut ainsi sa lettre :

« Praebet autem mihi occasionem ut de Metensi ecclesia tibi respondeam quod res est. […]Breviter scito viam illic in praesentia clausam esse Evangelio. Proinde expectanda nobis est occasio melior , cui semper imminebo. » (10)

En effet, même une fois définitivement installé à Genève, Calvin ne perdra pas des yeux la petite communauté messine. Ainsi en 1543, lorsque Pierre Caroly , un ancien docteur de Sorbonne, se déchaîne en l’église Saint-Vincent de Metz contre les « hérétiques  » au point de convoquer Farel  à un duel oratoire dont les juges seront soit François Ier, soit l’empereur ou encore le pape (rien que cela…), Calvin jugeant le personnage dangereux à cause de  ses calomnies, décide de voler au secours de Farel et des Messins. Le Conseil de Genève autorise alors Calvin à se rendre à Strasbourg pour y délibérer de la stratégie à adopter en pareil cas car à cette époque il eût été trop dangereux pour Calvin de pénétrer dans Metz sans autorisation du Magistrat. Toujours est-il que Calvin resta deux mois à Strasbourg pour rien vu que Caroly finit par quitter Metz. Son dévouement fut toujours sans bornes dès lors qu’il s’agissait de défendre son Eglise.

            Mais autant Calvin dans sa correspondance avec les différentes communautés peut se montrer bienveillant, autant il est cinglant avec les réformés qu’il estime trop frileux et trop craintifs face à la persécution.  Les Messins en fournissent la preuve : le comte de Clervant qui hébergeait clandestinement dans son château de Montoy un ministre du nom de Pierre de Cologne, ministre qu’il avait ramené de Genève, fut condamné en octobre 1559 sur ordre de François II au bannissement avec confiscation de tous ses biens. Un mois plus tard, Calvin au courant de l’affaire, lui envoie une lettre d’encouragement et de félicitations : aux yeux du réformateur, Clervant fait partie des vrais fidèles, des élus qui n’hésitent pas à sacrifier leurs biens à leur foi. Inversement, un an auparavant, dans une lettre du 10 septembre 1558, Calvin avait tancé vertement la communauté messine qui ne parvient pas à obtenir la liberté de culte, une communauté qui selon lui est responsable de ses échecs par sa couardise et sa peur du châtiment : « …Et si la crainte vous a empêchés jusqu’alors de faire votre devoir et a ainsi fermé la porte de votre ville à la sainte et pure parole de Dieu, évertuez-vous maintenant de rattraper le temps perdu et effacez par des actes courageux vos fautes passées. » Mais tout le monde n’a pas la vocation pour le martyre…même en des temps où torture et bûchers attiraient les spectateurs. Ce reproche sévère de Calvin explique sans doute dans la lettre ici reproduite l’insistance des messins à montrer au réformateur qu’ils agissent, qu’ils résistent, qu’ils sont bien déterminés à poursuivre dans la voie tracée par lui.

Reste que ce document renseigne assez bien sur l’état de la communauté réformée de Metz deux ans à peine avant que la régente Catherine de Médicis ne lui accorde enfin la liberté de culte à Saint-Privat. 

Plus frappant encore : il dépeint avec plus d’un siècle d’avance la condition des religionnaires et les persécutions auxquelles ils devront faire face après la Révocation. Notamment la surveillance étroite exercée par les prêtres  des paroisses sur les mourants afin de veiller à ce que ces derniers   meurent bien dans la Religion Catholique Apostolique et Romaine . Avec en cas de refus la peine infamante du cadavre traîné sur la claie. Dans la lettre des Messins, l’évêque  Péguillon souhaitait déjà  que l’on déterrât le cadavre pour le punir.

Autre constat à propos des sépultures : les réformés seront toujours enterrés à l’extérieur de la cité : d’abord comme on le lit, à la Fosse aux Serpents hors la porte St Thiébaut ; puis à partir de 1561 et très provisoirement, quand le culte sera autorisé à l’église de St Privat, on enterrera les morts au cimetière de St ladre. Peu de temps après, il y aura un temple et un cimetière sur le Retranchement de Guise assez excentré malgré tout .

 Pour terminer, il est dit que le mourant refuse le prêtre parce qu’il appartient à la Confession d’Augsbourg. Il y a donc fort à parier que les réformés messins étaient encore luthériens en 1559-1560. C’est à partir de 1561 que Metz passe au calvinisme pur après que la régente Catherine de Médicis eut accordé aux réformés, par calcul politique, l’exercice libre du culte. Dès lors le pasteur Pierre de Cologne fut rappelé à Metz où il s’empressa de « dresser » une Eglise selon les « Ordonnances ecclésiastiques » de Calvin, c'est-à-dire sur le type presbytérien-synodal.Pour mémoire, le tout premier culte officiel en l’église de St Privat eut lieu le 25 mai 1561, jour de Pentecôte. C’est encore à partir de cette date que le registre des baptêmes et mariages est tenu au grand jour. Il semble donc que l’on puisse retenir cette date comme référence pour fixer le commencement de l’Eglise calviniste à Metz.

Il s’est donc écoulé 37 ans depuis la venue du premier prédicant luthérien à Metz en la personne de François Lambert et si Metz, contrairement à Strasbourg, est devenue calviniste, c’est bien parce que le Magistrat a longtemps « fermé les portes de la cité à l’Evangile », comme le disait si justement Calvin.    

  Jeanne VINCLER


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Un extrait des registres de mariages réformés (1561)

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Le culte réformé se tient pour la première fois à titre public
en l'église de Saint-Privat au Sablon, le 25 mai 1561
 


1-Allusion à la diète qui se tient en 1559 à Augsbourg, c‘est à dire à l’assemblée générale des Etats du Saint Empire et de leurs  représentants convoqués par l’empereur Ferdinand Ier de Habsbourg à cette date.  
2-François Beaucaire de Péguillon. 
3-Assemblées ou cultes domestiques plus ou moins clandestins tant que les réformés n’ont pas la liberté de culte. 
4-Magistrat : terme désignant le maître-échevin et ses Conseils. 
5-Confession d’Augsbourg : en 1530, Charles Quint convoque les princes électeurs de l’Empire à une diète qui doit se tenir à Augsbourg en vue de faire cesser les discordes religieuses. Chaque prince est invité à présenter par écrit ses opinions en matière religieuse et à indiquer les abus ecclésiastiques à réformer. Le prince électeur de Saxe demande au réformateur  Melanchthon de rédiger cet  écrit  entièrement approuvé par Luther alors au ban de l’Empire. À la diète cette profession de foi n’est pas reconnue par une majorité du reste catholique mais elle deviendra le texte fondateur de l’Eglise luthérienne. 
6-François de Senecterre qui remplace le maréchal de Vieilleville depuis décembre 1558.C’est le représentant du roi de France dans la cité depuis que Metz est passée sous protection française en janvier 1553. 
7-L’original de cette lettre se trouve à la B.N.F., site Richelieu, in Collection Dupuy, volume 102, folio 114, MF4970. A la B.S.H.P.F., une copie imprimée figure dans les « Calvini Opera »,tome XVII, pages 506 et sq. 
8- Une fois Metz passée sous « protection française ». 
9- Les princes protestants allemands signataires de la Confession d’Augsbourg en 1530, se réunirent à Smalkalde où ils décidèrent  d’une alliance  pour mieux lutter contre l’empereur Charles Quint. 
10- Traduction : «  Ayant l’occasion de te dire ce qu’il en est  de la communauté messine, sache que pour l’instant les portes de cette ville sont fermées à l’Evangile. Il nous faut attendre une occasion plus favorable, occasion que je guetterai toujours. »La correspondance entre les réformateurs se faisait en latin , langue véhiculaire de l’époque. Le français , langue vernaculaire, est utilisé par Calvin quand il s’adresse aux communautés. 

15 août, 2009

- Auguste Migette, peintre et dessinateur messin (1802-1884)

Enregistré dans : Histoire de la Moselle — pbrasme @ 21:50

Charles Joseph Auguste Migette est considéré à juste titre, avec Laurent Charles Maréchal et Auguste Rolland, comme l'un des plus brillants représentants de cette génération d'artistes qui fit au XIXe siècle la renommée de Metz, ville à laquelle il était passionnément attaché, et à laquelle il légua l'ensemble de son oeuvre.

Metz qui pourtant ne l'a pas vu naître, puisque c'est à Trèves qu'il voit le jour, le 18 juin 1802. Il est le fils de Jean Michel Migette (originaire de Beuveille, près de Longuyon) et d'Antoinette de Neufforge, issue d'une vieille famille de la noblesse luxembourgeoise. Son père y est chef de bureau à la préfecture - Trèves est alors le chef-lieu du département de la Sarre. Le jeune Auguste aime se promener dans les environs, et c'est au cours d'une de ses promenades, près du vieil amphithéâtre gallo-romain, qu'il fait une chute : il a la jambe gauche cassée et le pied démis, ce qui le fera légèrement claudiquer toute sa vie.
Après les événements de 1814, Trèves devient une ville prussienne, et la famille Migette vient se réfugier à Metz, dans le quartier Coislin. En compensation de la position qu'il occupait, Jean Michel Migette est nommé commis de première classe des subsistances militaires. Le jeune Auguste continue quelques études avant d'être employé dans l'administration des fourrages militaires ; avec son salaire, il se paie des cours de français, d'allemand, d'italien, d'arithmétique, de musique et surtout de dessin, sa matière préférée et pour laquelle il montre des dispositions naturelles.Après avoir suivi les cours de Desoria, il est admis en 1818 à l'Ecole municipale de dessin de la rue des Prêcheresses, alors dirigée par Dupuy. Migette y rencontre quelques-uns des futurs grands artistes messins : Maréchal, Hussenot et Gautiez. En 1825, il remporte les trois premières médailles dans les concours de têtes d'après la bosse, d'académie d'après la bosse et d'académie d'après nature. Il croit pouvoir obtenir la bourse de mille francs que la ville accorde aux jeunes artistes souhaitant aller se perfectionner à Paris, mais, n'étant pas messin de naissance, il ne l'obtient pas.Auguste Migette décide néanmoins de partir pour la capitale avec un maigre pécule de 150 francs. Il mène une vie de travail, de sobriété et de privations, et connaît la misère. Mais il trouve un emploi chez le décorateur de théâtre Cicéri, et parvient à faire quelques économies qui lui permettent enfin d'entrer à l'Ecole des Beaux-Arts. Durant trois ans il y est l'élève de Louis Hersent, et obtient deux médailles, l'une pour la figure, l'autre pour la perspective.

À la fin de l'année 1831, Migette quitte Paris et revient à Metz auprès de sa famille, qui vit alors au 2 de la rue de Chèvremont, décidé à s'y créer un avenir. Après avoir présenté à la municipalité une décoration de salon, il est nommé peintre-décorateur du théâtre, fonction qu'il exerce jusqu'en 1875 ; il crée notamment les décors d' Orphée aux Enfers, de Guillaume Tell, du Naufrage de la Méduse, de Norma et de Faust. À l'exposition des arts de l'Académie de Metz de 1834, il présente huit peintures et onze dessins à la mine de plomb, représentant notamment la cathédrale de Metz et des paysages des environs de Trèves, et obtient la première médaille de troisième classe. C'est à la même époque qu'il s'associe avec Hussenot pour diriger un cours de dessin et de peinture, bientôt suivi par de nombreux élèves, une association qui allait durer une quinzaine d'années.

À la mort de son père, le 11 septembre 1837, Auguste Migette part vivre avec sa mère chez sa soeur cadette Louise, au 2 rue du Haut-Poirier (à l'emplacement de l'actuelle Banque Populaire de Lorraine, rue du Chanine Collin). Sa soeur étant veuve depuis 1832 avec quatre enfants, le voilà soutient de famille (lui-même ne se mariera jamais). L'année suivante, il est nommé professeur de dessin au lycée de Metz (l'actuel lycée Fabert), et le reste jusqu'en juillet 1871. En 1846, la municipalité le nomme professeur de dessin de la ville, et le charge notamment d'un cours pour adultes. Durant ces années, Migette voyage beaucoup, cherchant l'inspiration dans les régions du Rhin et de la Moselle, à Paris, Rouen, Le Havre. Conscient qu'il manque à Metz un développement industriel, il publie des observations sur la nécessité de l'étude du dessin pour la science et l'industrie.

Au cours de la même année 1846, Migette présente à l'exposition de la Société des Amis des Arts l'un de ses meilleurs tableaux, représentant la procession de la fête de saint Marc en 1640. Au début de 1847, il perd coup sur coup sa mère et sa soeur, et devient le tuteur de ses quatre neveux et nièces. Il s'installe alors en Nexirue.Trois ans plus tard, il expose cinq fusains, dont Ambroise Paré sur la brêche de la porte Serpenoise et Metz pris et saccagé par Attila en 451. L'histoire de Metz devient la grande spécialité de Migette. En 1853, il emménage au 3 rue de la Garde, où il occupe deux étages, dont un lui sert d'atelier de peinture. Il peint et dessine beaucoup, et à l'exposition de la Société des Amis des Arts de 1865, il présente cinq nouvelles grandes compositions et vingt-trois dessins relatifs à l'histoire messine. Il songe alors à offrir à la ville de Metz l'ensemble de ses oeuvres afin de constituer un musée accessible au public. Le maire, Félix Maréchal, met à sa disposition quatre salles de l'Hôtel de ville, qui autrefois contenaient les archives municipales. Pendant plusieurs années, aidé de sa gouvernante, Marguerite Mathis, Migette y installe ses tableaux et dessins, qu'il fait encadrer à ses frais. La collection s'étoffe de nouvelles oeuvres (elle en compte une centaine), et le 1er juin 1882 il en fera don définitivement à la ville.

En 1871, Migette songe à quitter Metz pour s'installer à Paris, à Nancy ou dans la région de Nice, avant de décider finalement de rester sur les bords de la Moselle afin de veiller sur “son” musée. En avril 1872, il est nommé membre de l'Académie de Metz, et est élu en septembre au conseil municipal (il y reste jusqu'en 1876, intervenant surtout en faveur du développement du musée, et, le 30 novembre 1873, contre l'abattage des marronniers de l'Esplanade). C'est au cours de ces années qu'il songe à acheter une maison assez grande pour contenir ses collections personnelles. Après s'être intéressé à une demeure de la rue Serpenoise, il décide d'acquérir une maison à Longeville-lès-Metz, voisine du donjon de Gournay, et de la transformer en un petit musée historique et artistique. Il s'y installe en 1875.

Migette met à profit sa retraite pour mettre au net l'histoire des arts et des artistes du Pays messin, mais le début de cécité qui le frappe en 1876 l'empêche de mener à terme la publication : seuls ont été conservés les cahiers de Migette, qui forment une collection particulière de la Médiathèque de Metz, et que l'érudit messin Marius Mutelet a dactylographiés et réunis en 1953.

Au début de 1879, plusieurs membres du conseil municipal de Metz proposent d'offrir à Migette une médaille d'or en reconnaissance des services rendus à la ville. Mais, à la demande d'un conseiller prétextant qu'au mois de mars 1871 il aurait fait imprimer une brochure contre l'Ecole Polytechnique (en fait jamais éditée), la médaille lui est refusée au profit d'Auguste Hussenot. Malade de la vessie, devenu complètement aveugle, Auguste Migette meurt le 30 octobre 1884. Il est enterré au cimetière de l'Est, avec ses parents. 

L'oeuvre de Migette est considérable (plus de 300 réalisations), et s'attache essentiellement à l'histoire et au patrimoine de Metz et du Pays messin. Il a peint de grands tableaux à l'huile, mais surtout réalisé des dessins au fusain, à la plume et au crayon. Parmi ses oeuvres, on peut citer :
- Commencement de la République messine
- Splendeur et richesse de la République
- Les Messins décimés par la peste
- Procession de Saint Marc
- Entrée de l'empereur Charles-Quint à Metz.
Par ses dessins, Migette complète sa fresque de l'histoire messine : Metz et les Gaulois avant la conquête de César, Sac de Metz par Attila, Entrée de Henri II à Metz, Construction des arches de Jouy par les Romains. Il représente aussi les églises et les châteaux des environs : le château et la Haute Maison de Woippy, les églises de Mey, de Chazelles, de Norroy-le-Veneur, de Plappeville, de Vaux, d'Arry, les châteaux d'Ancerville et de Ladonchamps. On lui doit également Paysanne des environs de Metz, Vue des carrières de Hettange, Vue générale de Gorze, Vue de Saint-Avold et de son église, etc.

13 août, 2009

La population de Metz au XIXe siècle (1815-1914)

Enregistré dans : Histoire de la Moselle — pbrasme @ 17:10

Durant les cinq décennies qui précèdent l'annexion de 1871, Metz ne connaît aucun dynamisme démographique et reste prisonnière de ses fortifications. Durant la période allemande, malgré le départ de nombreux Messins vers la France, elle bénéficie, surtout à partir de 1900, d'un essor important de sa population.

I- 1815-1870 : la stagnation démographique d'une ville corsetée

Au recensement de 1826, le département de la Moselle (dans sa configuration actuelle) compte 15 communes de plus de 2000 habitants (seuil qui sera choisi vingt ans plus tard pour distinguer population rurale et population urbaine… mais qui n'a plus aucun sens de nos jours), totalisant environ 87 000 habitants, soit un peu moins de 19% de la population mosellane. En 1866, dernier recensement avant l'annexion, elles sont au nombre de 23, rassemblant 124 000 habitants : le nombre des citadins de Moselle s'est donc accru de plus de 40%.
Est-à dire que l'on assiste dans le Moselle du premier XIXe siècle à une phase d'urbanisation ? Ce serait excessif et faux de l'affirmer. D'une part parce que la majorité des communes dites urbaines n'atteignent pas 5000 âmes - beaucoup ne sont que de gros bourgs à caractère rural encore marqué que des villes dont elles n'ont pas véritablement les fonctions sauf celles de marché et de centre administratif élémentaire), et d'autre part parce qu'il y a une nette différenciation à faire entre un peuplement urbain traditionnel qui, même s'il absorbe une partie de l'exode rural, alors important, n'évolue guère et semble végéter, et une première forme de peuplement industriel qui fait gagner à des localités comme Hayange, Ars-sur-Moselle et Stiring-Wendel, les trois grands pôles de la métallurgie naissante, près de 10 000 habitants à elles seules entre 1836 et 1866.

Qu'en est-il de Metz ? Entre 1815 et 1866, la population civile passe de 41 000 à 47 000 habitants, soit une croissance globale de 14,7%, et annuelle inférieure à 0,3%, alors qu'au XVIIIe s. elle avait gagné 66% (0,7% par an). Une croissance très faible, nettement inférieure à la moyenne des villes françaises : si l'on considère les villes chefs-lieux d'arrondissement entre 1821 et 1846, la progression est de 31%, alors que Metz ne s'accroît que de 6%. Cette stagnation messine tranche avec le dynamisme de Nancy, qui gagne 56% et qui à la veille de l'annexion talonne Metz avant de la dépasser, ou de Strasbourg, qui entre 1801 et 1870 s'accroît de près de 75%. Si l'on prend en compte la population militaire(8 à 10 000 hommes en moyenne), incluse dans les recensements à partir de 1841, Metz passe de 52 700 à 54 800 en 1866 ; le bilan démographique est ici encore plus faible, mais n'est guère significatif, car il est évident que l'effectif de la garnison reste assez fluctuant. Seule l'évolution de la population civile peut donc rendre compte de la réalité de la croissance messine.

Metz se caractérise donc par une croissance au ralenti, on peut dire par une “non croissance” qui la fait rétrograder de la 10e place parmi les villes françaises en 1815 à la 20e. Or les contemporains ne sont pas insensibles à cette situation, et s'en alarment, comme le banquier Justin Worms, qui en 1849 par le de “chiffre misérable (et) douloureux”, tout en ajoutant : “Il n'y a de salut pour elle (Metz) que dans l'industrie”, c'est-à-dire dans le développement économique.

Comment expliquer cette stagnation ? Elles semblent être au nombre de trois : une croissance naturelle insignifiante, une immigration de faible ampleur, mais aussi, liée à la fonction militaire et à ses servitudes, l'absence d'une fonction réellement peuplante et dynamisante. Avec un taux de natalité moyen sur la période de 28.1 pour 1000 et un taux de mortalité de 27.6, la croissance naturelle, de l'ordre de 0.5 pour 1000, n'est pas à même d'assurer à la ville un développement démographique suffisant, ce qui n'est cependant pas une exception, beaucoup de villes connaissant la même situation. Notons que jusqu'en 1830 la natalité l'emporte plus souvent sur la mortalité, alors qu'après cette date la mortalité l'emporte quasiment chaque année sur la natalité, sauf entre 1856 et 1861. Le caractère spasmodique de la courbe des décès confère au bilan démographique de Metz un aspect d'Ancien Régime lié à la présence de quelques “clochers” de surmortalité ; les deux plus importants traduisent les mortalités cholériques de 1832 (802 décès) et de 1854 (184). Il faut dire aussi qu'avec une mortalité infantile de l'ordre de 150 pour mille, la courbe mortuaire peut difficilement régresser. 

Cette croissance quasiment nulle est-elle compensée par un solde migratoire excédentaire, c'est-à-dire l'arrivée de nouveaux Messins ? Non, car Metz reste globalement à l'écart du mouvement qui porte les ruraux vers les villes, et ne parvient pas à compenser par l'immigration l'atonie de sa croissance naturelle. Entre 1815 et 1866, le solde migratoire ne représente qu'un peu plus de 3300 personnes, soit 45% seulement de la croissance globale. Le solde est négatif entre 1815 et 1831, et entre 1856 et 1861, moyennement positif entre ces deux périodes, et plus important durant la décennie précédant la guerre de 1870, années durant lesquelles la construction des ateliers de chemin de fer de Montigny et l'aménagement des forts autour de Metz exige et fait venir une main-d'oeuvre plus nombreuse. La plupart des nouveaux habitants viennent des environs immédiats de la ville ou du tiers occidental de la Moselle.

Résumer le bilan démographique messin des années 1815 à 1870 revient à aligner les mots stagnation, immobilisme, atonie, manque d'attractivité. Cette situation tranche, d'une part avec le dynamisme dont Metz avait fait preuve au Siècle des Lumières, d'autre part avec un rayonnement incontestable dans le domaine culturel et artistique autour de l'Académie de Metz, de la Société des Amis des Arts, de la Société d'Histoire Naturelle et de la célèbre Ecole de Metz. Une vie culturelle dominée par la bourgeoisie messine et par les nombreux officiers de la garnison.

Car l'armée est omniprésente. Metz, où 1 habitant sur 5 porte l'uniforme, vit par et pour l'armée. Une garnison de 8 à 10 000 hommes, une Ecole d'Application de l'Artillerie et du Génie de haute réputation et qui fait de Metz la capitale française des armes savantes, une citadelle et des fortifications qui donnent à la ville fière allure. Une fière allure, certes, mais qui paralyse la ville dans son développement : corsetée dans ses remparts, resserrée à l'intérieur de ses murs, prisonnière des zones de servitude, Metz est bloquée dans son extension urbaine, son essor démographique et donc dans son développement économique. L'arrivée du chemin de fer en 1852 et l'Exposition universelle de 1861 auraient pu lui donner le coup d'envoi d'un développement que d'aucuns appelaient de leurs voeux, mais tel ne fut pas le cas. Dans ces conditions, l'essor démographique est lourdement handicapé, et lorsqu'éclate la guerre de 1870, Metz est une ville démographiquement assoupie, sur le point de perdre sa place de première ville de Lorraine au profit de Nancy. L'annexion à l'Empire allemand va-t-elle accentuer ce déclin ou inverser enfin la tendance ?

 II- 1871-1914 : la germanisation par la démographie 

“Oui, décidément, il y a deux cités chez nous comme il y a deux peuples et deux âmes”. C'est par ces termes que le chanoine Henri Collin, directeur du journal Le Lorrain, concluait le 18 août 1911 l'un de ses éditoriaux intitulé “Les deux Metz”. Metz l'allemande, Metz la française… distinction abrupte, trop simpliste sans doute et teintée de nationalisme, mais qui repose sur un certain nombre de réalités.

Il est vrai qu'à cette date Metz peut sembler effectivement être devenue une ville germanique. Par sa démographie d'abord : 4 civils sur 10 sont des Allemands immigrés, plus de la moitié si l'on prend en compte les quelque 13 000 militaires de la garnison. Par l'hypertrophie d'une fonction militaire, ensuite, qui en fait face à la France un pivot stratégique essentiel et qui l'a transformée en une forteresse dont on a dit qu'elle était alors la plus puissante au monde. Ville germanique, Metz l'est aussi par son urbanisme, un urbanisme ambitieux voulu par Guillaume II et dont le symbole est le nouveau “quartier impérial” autour de la gare, inaugurée en 1908 : répondant à un souci de logistique militaire, celle-ci devient l'image de l'âme, de l'art et du passé germaniques.

Mais Metz reste à bien des égards une ville française. La population francophone fait numériquement jeu égal avec les immigrés, malgré le départ de plus de 7500 Messins ayant opté pour la France au début de l'annexion. Si la culture allemande marque des points, la culture française ne disparaît pas, loin s'en faut, même si elle semble sur la défensive. La presse messine de langue française, avec Le Messin et Le Lorrain, est bien présente face à la presse de langue allemande, et son influence explique qu'elle soit supprimée dès le 31 juillet 1914. Le cinéma, qui fait son apparition à Metz en 1896, fait la part belle aux productions françaises, et quelques semaines avant Sarajevo le Kristall-Palast de la rue Serpenoise met à l'affiche un long métrage français sur Napoléon.

1914 : au moment où l'Europe s'embrase, Metz compte quelque 75 000 habitants, chiffre que vient de lui faire atteindre, le 1er avril, l'incorporation du Sablon et de ses 7700 habitants. Au recensement de 1871, elle en comptait, mais à territoire communal nettement inférieur (Devant-les-Ponts, Plantières et le Sabon étaient encore des communes à part), un peu plus de 51 000. D'emblée s'impose donc l'image d'une croissance plus élevée que celle de la période antérieure, mais une image dans laquelle il faut rechercher les clés de bouleversements démographiques uniques dans l'histoire messine.

La première de ces clés, c'est celle de la croissance démographique proprement dite. Entre 1871 (51 300 habitants, dont 40 000 civils) et 1910 (68 600 habitants, dont 55 000 civils), elle est de 34% (37.5% pour la population civile), plus du double de la croissance de la période antérieure - mais elle reste inférieure à 1% l'an. Remarquons que la croissance messine reste très en-deçà de celles d'autres villes de la Lothringen ou du Reichsland : ainsi, Thionville, Strasbourg et Mulhouse voient leur population doubler, proportion qui est la même pour Nancy, qui passe de 7200 à 13 200 habitants. La croissance de Metz est également irrégulière : diminution jusqu'en 1875, légère augmentation jusque vers 1900, enfin un “décollage démographique” entre 1900 et 1914, dû pour l'essentiel, nous venons de le voir, à l'incorporation de trois communes suburbaines.

De cette évolution, l'immigration allemande est un aspect majeur. Au recensement du 1er décembre 1871, 19 000 immigrés allemands (civils) sont établis en Moselle, soit 4% de la population. En 1910, si l'on prend le critère de la naissance, ils sont plus de 85 000 (14%), et si l'on prend le critère, plus fiable, de la nationalité, ils sont 121 000 (20%). Metz est, avec les régions industrielles du bassin thionvillois et la région minière de Forbach, le grand pôle de l'immigration allemande, et bien sûr la ville qui attire le plus grand nombre : ils sont 5 800 en 1875 (15%), 21 000 en 1890 (45%), puis, leur présence se stabilisant, 22500 en 1910 (40,5%). Ces Allemands, que l'on désigne du nom de Altdeutsche (Vieux Allemands), sont en premier lieu des fonctionnaires, arrivés dès 1871. Ils sont rapidement suivis d'artisans, de commerçants, mais aussi, dans leur sillage, d'immigrés chassés de leur pays par la misère ou attirés par l'espoir d'une vie meilleure.

À cette forte implantation allemande s'ajoute bien sûr la garnison, dont les effectifs gonflent : 8357 militaires en 1875, 14 208 en 1890 (20 000 hommes si l'on prend en compte les soldats présents dans l'ensemble des localités de la Festung Metz- la ceinture fortifiée). À Metz, l'Allemand c'est avant tout le soldat ; l'omniprésence de l'uniforme est pour les Messins de souche et les habitants des alentours l'aspect le plus douloureux de l'annexion et le symbole même du germanisme, d'autant que la plupart de ces soldats sont des Prussiens, dont le terme même, qu'il s'applique ou non au militaire, est synonyme de conquête, de domination et d'humiliation… ce qui n'a pas empêché des mariages entre jeunes Messines et soldats prussiens ou bavarois. Jusque dans la vie quotidienne de la ville durant l'annexion, cette présence est fortement arquée, par les parades, les prises d'armes, les concerts régimentaires, les commémorations des victoires de 1870, les départs et retours de manoeuvres, et surtout la participation massive de l'armée aux visites annuelles du Kaiser Guillaume II.

Ainsi, Metz est le parfait exemple des bouleversements démographiques nés de l'annexion. Il y a, c'est incontestable, substitution partielle d'une population par une autre. Ce qui n'est pas sans conséquences dans divers domaines, par exemple le domaine religieux : l'annexion s'accompagne d'un renouveau du protestantisme, religion des immigrés, des fonctionnaires et des officiers prussiens. La communauté réformée messine passe de 1 100 fidèles en 1863 à 9 600 en 1895 et à plus de 19 000 en 1914 (dont 7000 militaires), soit plus du quart de la population.

Une population de souche, une population immigrée ; une communauté catholique, une communauté réformée (sans oublier la communauté israélite : 1700 Juifs en 1905) ; une culture française, une culture allemande; une population civile, une population militaire. La dualité est bien le maître mot qui définit le mieux le Metz de l'annexion. Cette dualité se retrouve également dans le domaine de l'urbanisme, dans la mesure où naît un quartier de style germanique aux portes d'une ville deux fois millénaire. Avec la construction de la nouvelle gare et du quartier dont elle est le centre de gravité, Metz entreprend au tournant des années 1900 de se donner un nouveau visage urbain, sur une surface de quarante hectares libérée des servitudes militaires paralysantes par la destruction de la vieille enceinte entre la porte Saint-Thiébaut et la porte Serpenoise : en détruisant les anciennes fortifications, les Allemands ont en fait ouvert Metz et lui ont donné l'espace nécessaire à son développement futur.

Conclusion
 Dans l'histoire de la population de Metz, le XIXe siècle présente une double caractéristique. Tout d'abord, une croissance très moyenne : entre 1815 et 1914, population civile s'entend, et compte-tenu de l'élargissement du territoire communal peu avant la Première Guerre mondiale, elle est de peu inférieure à 50%; si l'on se base sur le recensement de 1905, antérieur à cet élargissement, elle n'est que de 15%. Cette croissance médiocre s'explique par un très faible excédent naturel et, sous l'annexion, par un quasi équilibre entre l'émigration vers la France et l'immigration venue d'Allemagne.
D'autre part, dans la mesure où sa fonction militaire et son rôle de place forte empêchent toute extension urbaine, du moins jusque vers 1900, et rendent ainsi difficile un véritable développement économique, Metz semble condamnée à la stagnation démographique et par conséquent à un déclin relatif par rapport à des villes comme Nancy, Strasbourg et Sarrebruck.

Pierre BRASME

 

Metz de 1914 à 1918 : de la dictature à la délivrance

Enregistré dans : Histoire de la Moselle — pbrasme @ 17:09

 - Samedi 25 juillet 1914 : Le public se montre agité, on commente les événements, on se presse aux portes des journaux qui affichent les dernières dépêches ; mais on a foi dans la prudence des dirigeants…   
 
- Dimanche 26 : Sensible agitation dans les rues de Metz où la foule se porte vers les dernières nouvelles affichées un peu partout…Vers le soir la foule de plus en plus nombreuse s’arrache les éditions supplémentaires des journaux ; dans les rues Serpenoise, des Clercs, de l’Esplanade, on peut à peine circuler ; tout le monde discute et on se montre généralement très pessimiste… 
- Mardi 28 : L’Autriche a déclaré la guerre à la Serbie… À Metz, l’émotion est extrême. Les magasins de comestibles sont envahis, on se bat devant leurs portes ; certaines denrées telles que sel, sucre, farine et légumes secs s’enlèvent rapidement…L’anxiété gagne toutes les classes de la société…  
- Jeudi 30 : Peu à peu la frayeur s’empare des Messins devant l’imminence du danger. 
- Mercredi 5 août : Celui qui n’a pas assisté à la mobilisation dans un centre fortifié près de la frontière ne peut pas et ne pourra jamais se faire une idée des préparatifs qu’exige une guerre qui s’annonce épouvantablement meurtrière…La mobilisation (est) colossale, régulière et très bruyante, quoique fort ordonnée.  Consciente, comme ses compatriotes, de la montée des périls en Europe à peine un mois après l’attentat de Sarajevo, et pressentant sans doute l’imminence de graves événements, une dame de la bourgeoisie messine, Jeanne Haas, décide de prendre sa plume et d’écrire, au jour le jour, les faits dont elle va être le témoin et les commentaires qu’ils lui inspireront. Il en naîtra un journal, qu’elle tient sans interruption du 24 juillet 1914 au 18 novembre 1918. Ce journal est un témoignage exceptionnel, à la fois par sa richesse historique et par les sentiments français qu’il véhicule ; dès les premières lignes, il rend compte de l’atmosphère d’agitation, puis de l’inquiétude grandissante qui règne dans les rues de Metz : on sent que ses habitants voient l’irrémédiable arriver. Sentiments pessimistes que traduit une autre Messine, Herta Strauch, alias Adrienne Thomas, qui écrit dans son roman quasi biographique Catherine soldat, à la date du 31 juillet : « Metz a perdu la tête. Beaucoup de familles partent en hâte. Ceux qui restent achètent, affolés, tout ce qu’ils peuvent trouver […] Partout des uniformes gris, nulle part on ne voit plus les beaux uniformes bariolés. Tout est gris, gris, comme nos pressentiments. »           

Le vécu des quatre années de la guerre est particulièrement difficile pour les habitants de Metz. Terminée la bataille de Lorraine, dont ils ont perçu les 19 et 20 août le bruit du canon et vu affluer les blessés, le front s’est à peine éloigné et s’est stabilisé entre la Seille et la Meurthe, mais il est encore suffisamment proche pour leur donner le sentiment que la guerre est bien là, même si ce secteur restera dans l’ensemble l’un des plus calmes du conflit. Plus dure à supporter que la relative proximité du front, la dictature militaire imposée dès le début de la guerre par les autorités militaires allemandes, qui entraîne une rapide mise au pas et permet le renforcement de la germanisation (linguistique en particulier). Troisième aspect de la dureté des temps, l’aggravation des difficultés matérielles : prélèvements incessants, ravitaillement de plus en plus défectueux, entraves à la circulation, hausse des prix. Le poids de la guerre est aussi psychologique, avec l’incertitude quant à sa durée et à ses conséquences sur le devenir de la Lorraine, et, pour la population de souche française, l’insupportable propagande de guerre allemande. Une accumulation de souffrances, d’inquiétudes, de rancœurs, qui fait des années 1914-1918, pour les Lorrains annexés, une période de traumatisme. La joie de la délivrance et du retour à la France en novembre 1918 n’en sera que plus grande.           

Une mise au pas immédiate   Pour les habitants de Metz et de la Lorraine annexée, la journée fatidique est celle du 31 juillet, qui avant même le déclenchement des hostilités marque le début d’une dictature militaire de plus de quatre ans. Ce jour-là, à Berlin, Guillaume II proclame « l’état de danger de guerre » (Kriegsgefahrzustand), ce qui place aussitôt le pouvoir civil sous le contrôle de l’autorité militaire et entraîne l’instauration de l’état de siège. Le général Ernst von Oven, gouverneur de Metz, ordonne la suspension des libertés. La frontière est fermée. Le téléphone est coupé aux particuliers, le secret des lettres est suspendu. Les droits de réunion et d’association sont supprimés, et bien sûr la liberté de la presse, désormais muselée.

Les journaux messins de langue française sont interdits, mesure qui frappe Le Lorrain, Le Messin et Le Courrier de la Moselle. Les habitants ne pourront plus maintenant lire, en français, qu’un organe officiel et à la botte, La Gazette de Lorraine, titre disparu en 1908 et qui reparaît le 4 août, et en allemand la Metzer Zeitung et la Lothringer Zeitung. Les « blancs » que ces journaux présentent dès la première page sur les éditions du 1er août attestent de la réalité de la censure imposée par les militaires, une censure avec laquelle on ne badine pas ! La presse est désormais sous le contrôle d’un haut fonctionnaire, promu censeur militaire, le baron von Bibra. C’est le premier aspect de la dictature militaire qui s’abat sur les Lorrains.

La suspension des libertés individuelles donne à la police militaire, dirigée par le général-major Bodenhausen, le droit d’arrêter toute personne considérée comme dangereuse, à commencer par celles que l’on soupçonne de sympathies françaises, à l’exemple des membres du Souvenir Français et de la Lorraine Sportive, qu’ils soient prêtres, journalistes, anciens combattants français, parents d’officiers ou de soldats français, hommes politiques, dont les noms figurent depuis longtemps sur les listes noires, et qui relèvent de la détention préventive (Schutzhaft). En quelques jours, les Allemands procèdent à de nombreuses arrestations, surtout à Metz et dans le Pays messin. Dès le 31 juillet, à Metz, une quarantaine de personnes sont arrêtées, incarcérées à la prison du Cambout et transférées vers la forteresse d’Ehrenbreitstein, qui domine sur la rive droite du Rhin la ville de Coblence ; le lendemain, 22 personnes connaissent le même sort, et encore 84 dans les jours suivants. Au premier rang d’entre eux, les journalistes des quotidiens messins supprimés : mis à part le chanoine Collin, directeur du Lorrain et bête noire des autorités allemandes, qui, averti semble-t-il dès le 30 juillet de l’imminence de son arrestation par une haute personnalité, parvient à prendre le dernier train en partance pour Luxembourg et de là à gagner Paris, les Allemands arrêtent l’abbé Charles Ritz (appréhendé à la sortie d’un office à la chapelle des Orphelines de Saint-Joseph), Eugène Lambert, Nicolas Houpert (Le Lorrain), Elie Fleur, Mathias Pétry, Sébastien Humbert (Le Courrier), Charles Seltzer et Paul Pignon (Le Messin). D’autres personnalités messines sont du voyage, comme le peintre-verrier messin Michel Thiria, le banquier Victor Prevel et le pharmacien Paul Winsback, secrétaire général du Souvenir Français, tous deux futurs maires de Metz après le retour à la France.

Parmi les incarcérés d’Ehrenbreitstein figurent quelques membres de ce clergé lorrain francophile qui était devenu la hantise des autorités allemandes, et que la guerre donne l’occasion à celles-ci de réduire au silence en les éloignant, malgré les protestations de Mgr Benzler, évêque de Metz. C’est le cas notamment des abbés Lapied, curé de Lessy, Hippert (Longeville-lès-Metz), Noirclaude (Marly), Albert Lacroix (Norroy-le-Veneur), et surtout, figure emblématique, Jean Dominique Etienne : curé de Lorry-lès-Metz  depuis 1890, médaillé de 1870, vice-président de la section du Souvenir Français de Lorry et fondateur de la société de musique locale le Cercle Saint-Clément, il est interné dans la sinistre forteresse avec sa sœur Marie (qui mourra en captivité) avant d’être transféré le 11 février 1915 à Hünfeld, près de Fulda.


La guerre lointaine mais présente  Des combats de la Grande Guerre, la Lorraine annexée ne connaît que ceux qui, entre le 10 et le 21 août, correspondent à l’offensive française en direction de Sarrebourg (Ière armée de Dubail) et de Morhange (IIe armée de Castelnau), et à leur brutal échec, qui précède une retraite que seule la bataille du Grand-Couronné, devant Nancy, évitera de transformer en désastre. Comment les Messins perçoivent-ils la réalité de ces combats ? Jeanne Haas raconte : « Jeudi 20 août. Hier soir, plusieurs régiments demeurés à Metz ont quitté la ville se dirigeant vers le sud où une très grande bataille est attendue… Le canon tonne sans relâche. Une formidable bataille est engagée entre les troupes françaises et allemandes entre Morhange, Rémilly et environs… Vers l’extrême soir, le bruit se répand en ville d’une éclatante victoire, et la foule bruyante pousse de frénétiques Hourras !… 21 août – Toute la nuit les voitures d’ambulance ont sillonné la ville ramenant les blessés, dont on dissimule le nombre… On prétend que 150 000 Français sont prisonniers, que le reste de l’armée est repoussée vers les forts pour que ceux-ci achèvent de la détruire… À six heures du soir, la Mutte sonne, de frénétiques acclamations retentissent, la foule prend d’assaut les bureaux des journaux… L’exaltation des Allemands est à son comble… La joie des uns contraste avec la mine défaite des autres. » L’oeuvre, en grande partie autobiographique, d’Ernst-Moritz Mungenast, Le Magicien Muzot, nous offre une description à la fois romancée et réaliste du vécu de la guerre par les civils, du moins en ce qui concerne Metz. C’est d’abord l’omniprésence de l’armée dans la ville : « Les uniformes rutilants avaient fait place au gris des tenues de campagne et si, avant 1914 déjà, l’uniforme était bien représenté, il avait aujourd’hui la majorité absolue. Metz était un arsenal, une aire de repos pour l’armée, un nœud de communications et abritait des dizaines de milliers de soldats dans ses murs. D’innombrables malades et blessés gisaient dans les hôpitaux, les infirmeries, les hospices, les couvents, les écoles, les séminaires et les internats. » Cette immense ville de garnison devient en même temps l’une des grandes bases arrière du front, avec notamment sa gare qui désormais voit affluer et transiter prisonniers et blessés : « À la gare, écrit Adrienne Thomas qui y est infirmière de la Croix-Rouge, nous recevons beaucoup de ceux qui sont partis heureux, courageux et chantant, et qui reviennent fatigués, blessés, mutilés. » Metz, c’est aussi la forteresse, dont la puissance de feu n’a pas d’égal et tient en respect les positions françaises les plus proches. Mungenast évoque la « grosse bête », la « musique monstrueuse » qui, « passant du roulement assourdi à l’ébranlement furieux », parsème de nuées bleues le ciel au-dessus des hauteurs de Pont-à-Mousson : « Ce monstre tonitruant resta comme un symbole tout au long de la guerre et les promeneurs qui s’avançaient sur l’Esplanade après la tombée de la nuit et à l’extrême bord de la plate forme… pouvaient apercevoir la lueur des explosions. » De l’autre côté, dans les lignes françaises, la proximité de la forteresse de Metz, que l’on aperçoit au loin, ne laisse pas insensible : Henry Morel-Journel, officier de l’état-major de la 74e division du général Charles de Lardemelle, qui au printemps de 1916 est en ligne dans le même secteur, note dans son Journal : « L’attraction de notre secteur est la vue de Metz ; par temps clair, on distingue à l’œil nu la masse de sa cathédrale, les flèches de ses églises, les cheminées de ses usines et le grand hangar du champ d’aviation de Frescaty. C’est un spectacle encourageant et qui rend du moral aux neurasthéniques. On vient de loin pour le voir. Successivement la plupart des ministres ont fait le pèlerinage.»La guerre fait apparaître un phénomène nouveau dans le ciel messin : les attaques aériennes. Dès le début des opérations, des avions français survolent Metz et procèdent à des reconnaissances et à des bombardements, comme le 14 août sur Frescaty, le 24 octobre sur le Sablon, ou le jour de Noël 1914 sur la gare de Metz. Le nombre des attaques aériennes sur l’agglomération messine ira croissant : 6 en 1914, 79 en 1915, 140 en 1916, 171 en 1917, et 308 en 1918, soit un total de 704, si l’on en croit la Chronique provinciale des sœurs de la congrégation de Sainte-Blandine. Ces attaques visent la base d’avions et de zeppelins de Frescaty, le nœud ferroviaire du Sablon, la gare centrale et de marchandises de Metz. Le dernier raid a lieu le 10 novembre 1918 à 20 heures, avec le largage du huit bombes, dont deux tombent sur un tramway, tuant trois soldats, un policier et une femme. Si les avions larguent obus et bombes sur Metz et ses environs, plusieurs attaques se font à l’aide de fléchettes métalliques : c’est le cas le 26 décembre 1914, où, écrit Adrienne Thomas, « il y eut… une surprise ; les fléchettes d’avions. Quelque chose de tout nouveau, de tout à fait inconnu à Metz. J’en ai tout de suite eu une entre les mains, un soldat l’avait trouvée : une flèche de fer d’environ dix centimètres de long. » La jeune Messine semble obsédée par les fréquentes apparitions d’avions, au point  de craindre, en revenant de Berlin à Metz le 26 janvier 1916 « qu’entre temps des avions l’aient détruite de fond en comble », et d’achever son œuvre par cette phrase : « Qu’est-ce donc que j’attendais ? Pourquoi me durerais-je ? Pour une bombe d’avion ? » Son compatriote Mungenast évoque lui aussi ces projectiles d’un autre âge, parfois largués en même temps que les bombes : « Des avions ennemis s’approchaient de la ville. Les passants se précipitaient dans les maisons et les caves… Un aéroplane tournait au-dessus de la ville, lâchant quelques bombes, et aussi des flèches métalliques, de forme cylindrique et pointue, garnies d’ailettes acérées. Boum ! Boum ! Boum ! faisaient en explosant les bombes de dix à vingt kilos. » Mais il montre plus loin que les Messins finissent par s’accoutumer à ces incursions aériennes : « Les avions surgissaient-ils en plein jour, alors la vie s’arrêtait instantanément. Les tramways s’arrêtaient, leurs passagers allaient s’abriter, les magasins se vidaient, tout le monde se précipitait dans les caves. Mais aussitôt l’ennemi reparti, la vie reprenait », une vie de plus en plus conditionnée par le poids de la germanisation et les privations matérielles.

La germanisation se renforce  La dictature qui pèse sur les Messins et les Lorrains ne se limite pas à une suspension de la liberté de la presse et des libertés individuelles ; elle s’accompagne de mesures draconiennes qui soumettent la population civile au pouvoir de l’armée et mettent en vigueur une justice de guerre laissant le champ libre aux tribunaux militaires. À côté du délit d’opinion, les autres mesures semblent secondaires, même si elles gênent la vie quotidienne : fermeture des commerces à 22 heures, interdiction de tout rassemblement de population, obligation pour les associations d’intérêt public et charitables de demander une autorisation spéciale, interdiction d’utiliser une automobile ou une motocyclette sans autorisation, interdiction de posséder un poste de radio, etc. Parler français est désormais un délit. La lutte contre la langue française est sans doute, pour les Lorrains, l’aspect le plus insupportable de la dictature des années de guerre. Dès la mobilisation, s’exprimer en français en public est considéré comme une provocation et un acte d’hostilité envers l’Allemagne. Rapidement, l’extirpation de la langue française devient une préoccupation majeure des autorités, et les mesures se succèdent en cascade : le 4 novembre 1914, on interdit  l’utilisation du français dans les correspondances internes au service des postes et du téléphone. Le 14 janvier 1915, il est décrété que les pancartes portant les noms de rues, jusqu’alors bilingues, ne seraient plus rédigées qu’en allemand. Le lendemain, Metz et vingt-deux communes des environs sont inclus dans le territoire de langue allemande pour toutes affaires commerciales, et à compter du 1er juillet l’allemand devient la seule langue officielle sur tout le territoire de la forteresse. Le 2 septembre, un décret impérial ordonne la germanisation de tous les noms de communes, hameaux et lieux-dits de langue française.  L’interdiction de la langue française n’est qu’un aspect de la politique de germanisation que subissent les Lorrains. Elle contribue à créer un climat de méfiance, de suspicion entre les communautés allemande et alsacienne-lorraine, qui détériore les relations entre elles et aggrave les clivages nationaux. Les servitudes imposées, les brimades, l’obligation de pavoiser à l’occasion des victoires allemandes, l’absence d’une presse française digne de ce nom créent « une atmosphère lourde et maussade. Les Messins de souche française supportent de moins en moins les élans patriotiques allemands : la Mutte annonçant les victoires du Kaiser, la lecture, sur la place d’Armes, des communiqués victorieux par le maire Forêt ou l’un de ses adjoints, et surtout la propagande sur le bon droit de l’Allemagne opposé à la fourberie des alliés. Cette propagande va jusqu’à exposer les canons pris aux Français lors de la bataille de Morhange, ou prend au printemps 1917 la forme d’une exposition de guerre à l’Ecole supérieure (l’actuel lycée Louis-Vincent). Bien que les Messins les connaissent depuis longtemps et qu’elles fassent partie de leur décor urbain, la vue des orgueilleuses statues des souverains Hohenzollern devient pour une partie d’entre eux un crève-coeur. Que ne ressentent-ils pas lors de l’inauguration en grande pompe, le 22 mars 1916, alors que le sort de la guerre, pense-t-on, se joue à Verdun, de la statue du Feldgraue in Eisen (« le vert de gris en fer »), considérée par beaucoup comme une insulte à leur sentiment français ? Érigée à la gloire du soldat allemand et en hommage à l’effort de guerre consenti par la population messine, la statue, fondue dans les usines de Rombas et placée au bord de l’actuel boulevard Poincaré face à la Moselle et au mont Saint-Quentin, présente sur son socle une inscription appelant la victoire de l’Allemagne, que l’on peut traduire par ces mots : « Nos cœurs à Dieu et nos poings sur l’ennemi. Que notre volonté de vaincre soit de fer ! », ce fer que l’on invite la population à forger symboliquement en plantant des clous sur les quatre plaques de chênes enchâssées sur le socle de la statue, et qui vaudra à celle-ci le surnom de « l’homme de fer »… le sort qui lui sera fait par les Messins au lendemain de l’armistice sera à la mesure de leur ressentiment !              
                                                                                                                                                                      
Pénurie et privations 
En même temps qu’ils subissent le poids de la dictature et de la germanisation, les Messins voient leur existence matérielle se dégrader. Les difficultés proviennent surtout des prélèvements financiers et matériels, du ravitaillement de plus en plus défectueux, de la hausse des prix et des entraves à la circulation. La pénurie s’installe très vite pour certains produits, comme le sucre cristallisé, introuvable à Metz dès le 15 août 1914. Le 15 mars 1915, le rationnement du pain conduit à l’introduction de cartes : « Maintenant que toute l’Allemagne a déjà connu les joies de la carte de pain, écrit Adrienne Thomas, elle vient d’être introduite aussi chez nous. Chaque habitant a droit à 300 grammes de pain par jour. » Le 8 décembre, c’est au tour de l’éclairage au pétrole d’être rationné dans l‘agglomération de Metz, puis le beurre le 3 janvier 1916, la viande le 30 juin (une livre par famille), les haricots, la farine de petits pois (18 juillet), le sucre, les œufs, la saucisse, le savon, le lait, les pommes de terre, la graisse, la semoule (2 août). C’est l’époque des queues et des bousculades devant les commerçants, mais aussi des ersatz, souvent de mauvaise qualité : un mélange de malt et de chicorée remplace le café, un produit de synthèse chimique donne l’illusion du miel, et un mélange de feuilles desséchées trempées dans de la nicotine rappelle le goût du tabac. Le journal de Jeanne Haas nous fait vivre la dégradation de la situation matérielle des Messins, en particulier durant l’année 1917. Elle le fait parfois avec un humour caustique, qui ne fait que traduire un sentiment de lassitude et d’amertume, voire de révolte :  - 2 avril 1917: « Aujourd’hui, grande distribution de cartes de vivres aux heureux sujets de Sa Majesté Guillaume. On nous retranche 35 grammes de pain par jour, ce qui porte notre ration quotidienne à 250 grammes, lesquels représentent à peine deux minces tranches de cette lourde pâte. ». 
- 20 avril : « Cette semaine nous avons reçu des cartes de viande, lesquelles concèdent, en remplacement de la livre de pain supprimée, 250 grammes de bœuf, veau ou mouton supplémentaires pour 7 jours et par tête.» 
- 30 juin : « Tous les copeaux et sciures de bois sont confisqués, les dernières destinées sans doute à augmenter la quantité de ce pain exquis favorable aux dyspepsies et entérites, les premiers à être tissés aux vieux chiffons et papiers souillés pour faire des étoffes, car nous serions sans cela menacés, dans un avenir très prochain, de n’avoir pour tout vêtement que celui de notre mère commune, Ève, et comme l’hiver approche les feuilles de vignes seraient plutôt difficiles à trouver. » 
Conséquences de cette pénurie et de ces restrictions : la montée des prix (50 à 100% pour les denrées et objets de première nécessité), le marché noir, et l’appel à l’imagination et à la « débrouille ». Certaines mesures montrent à quel point on sait alors faire preuve d’imagination en ces temps difficiles ! Au début de décembre 1916, par exemple, l’office municipal des vivres de Metz demande aux vendeurs de harengs de récupérer les têtes, afin que l’on puisse en extraire l’huile. Pour faire face à la pénurie de tissus, on supprime en 1917 les nappes et les serviettes dans les cafés, les restaurants et les hôtels. La même année, au mois de mai, la population est invitée à ramasser les cheveux, des femmes de préférence, pour servir de matériau à la fabrication de courroies de transmission. Le 9 juillet, pour remplacer le coton, on incite au ramassage des orties. Le 12 octobre 1918, il est recommandé aux ménagères de faire bon accueil aux écoliers envoyés pour collecter les pelures, os, vieux papiers, chiffons, bouteilles, cheveux, bouchons, boîtes de conserves. Economiser le pain est un impératif : « Economisez le pain, lit-on sur une affiche, tournez les espérances de nos ennemis en déception. Soyez respectueux du pain quotidien, ce sera le moyen de ne pas en manquer. »

 Vers la délivrance  Les années de guerre passent, et avec les mois la situation des Messins, qu’ils soient Allemands ou de souche française, se dégrade. Leur situation matérielle, bien sûr, mais surtout morale. La guerre n’en finit pas, et de plus en plus de familles sont endeuillées ou sans nouvelles des leurs sur le front – pour beaucoup c’est le front de l’Est, où la révolution russe de 1917 rend les choses encore plus incertaines. L’entrée en guerre des Etats-Unis au début du mois d’avril de la même année réjouit les uns et inquiète les autres, même si l’on sait que l’armée américaine n’est pas prête d’arriver dans les tranchées de France (les Sammies ne seront vraiment opérationnels qu’au printemps, voire à l’été 1918). Les offensives lancées par Ludendorff à partir du 21 mars en Picardie, dans les Flandres et en Champagne, sont un temps victorieuses, avant que la contre-offensive de Foch le 18 juillet, puis le 8 août, ne mette fin aux espoirs du haut commandement allemand. Du 12 au 16 septembre, les Américains du général Pershing réduisent le saillant de Saint-Mihiel, contraignant les forces allemandes à se replier sur la « position Michel » au sud de Prény et de Pagny-sur-Moselle, puis, le 28, sur les hauteurs au nord de cette localité. La guerre, on le sent des deux côtés, est en train de basculer en faveur des alliés. La guerre se rapproche donc de la Lorraine annexée. Les habitants de Metz et de sa région entendent à nouveau, de plus en plus souvent, et de plus en plus près, le grondement du canon : « Depuis la mi-octobre, écrit Mungenast, les maisons de Metz vibraient et tremblaient sous l’effet des explosions qui tantôt se rapprochaient, tantôt s’éloignaient. À grands renforts de tanks, l’ennemi avait enfoncé la boucle de Saint-Mihiel et son aile droite s’était avancée jusqu’à la frontière lorraine […] Une ligne de tranchées avait été établie devant Château-Salins et Delme, en terre lorraine. De Nomeny à Gorze, les combats faisaient rage. Les obus américains s’abattaient comme de la grêle sur les vieux champs de bataille de 1870/71… Les faubourgs de Metz, Montigny, Sablon et Longeville étaient sous le feu des canons français à longue portée. » Dans son journal, Jeanne Haas montre parfaitement les divergences de sentiments au fur et à mesure que les nouvelles sont mauvaises pour les uns, et pleines d’espoir pour les autres : « Lundi (5 septembre 1918) – Il pleut et le temps est sombre, presque aussi sombre que les visages des immigrés qui s’allongent à mesure que les nôtres se détendent et s’efforcent de cacher la joie infinie dont les cœurs débordent depuis quelques semaines ». Autre témoin, R. Schamber, observant des soldats allemands traversant Metz, comprend  qu’ils n’y croient plus : « Pour la cinquième fois l’automne approche. Les feuilles tombent. Sur l’Esplanade passe une compagnie de soldats. Les hommes déjà âgés, sont éreintés, fourbus par l’exercice qu’ils viennent de faire à l’île Saint-Symphorien. Ils vont comme des automates. Le grondement du canon accompagne cette troupe harassée. Le soir descend… Les communiqués maintenant mentionnent de plus en plus souvent des reculs allemands. Camouflé sous les mots planmässig zurückgezogen (retiré conformément à nos plans), on devine aisément l’échec de l’ultime offensive et l’inévitable dégringolade. »  Tout le monde sent que la fin est proche. À commencer par les soldats français de la Xe armée du général Mangin, qui doit lancer le 14 novembre une offensive en direction de Delme et de Château-Salins, puis de Sarrebruck, avec 4 corps d’armée, 14 divisions, 600 chars et 614 pièces d’artillerie. Mais l’offensive n’aura pas lieu : au petit matin du 11 novembre, on apprend la signature de l’armistice. 

Un vent de révolution : les Soldatenräter  Au moment où les Lorrains prennent connaissance de l’armistice, une agitation inattendue règne depuis deux jours dans les villes, principalement à Metz, Sarreguemines, Saint-Avold, Thionville et Forbach, et dans certains centres industriels comme Hayange : venu d’Allemagne, un air de révolution souffle sur la région. Cette effervescence est liée à l’agitation qui secoue le Reich depuis le début du mois, alors que l’abdication de Guillaume II est à l’ordre du jour, et que l’armistice, dont l’Allemagne a demandé la négociation aux Alliés, est en vue. Les 3 et 4 novembre, après l’échec d’une tentative de mutinerie à Wilhelmshaven le 29 octobre, les marins de Kiel se sont soulevés. Un vent de révolution se diffuse dans le nord de l’Allemagne à partir du 5 et du 6, et des « conseils d’ouvriers et de soldats » (Arbeiter – und Soldatenräter) se constituent un peu partout. Guillaume II, contraint et forcé, abdique le 9. La république allemande est proclamée à Berlin par le ministre socialiste Scheidemann, tandis que Friedrich Ebert devient chancelier. La Lorraine et l’Alsace n’échappent pas à cette ébullition, qui n’est pas encore retombée lorsque les troupes françaises entrent et s’installent dans les provinces libérées. C’est à Metz, bien sûr, que le mouvement des Soldatenräter est le plus important. Tout commence, comme ailleurs, le 9 novembre, à l’initiative de quelques hommes déterminés, en l’occurrence cinq matelots venus par le train de Cologne, et qui débarquent à la gare en brandissant des drapeaux rouges. Les mutins se dirigent vers la caserne des Bavarois (actuelle cité scolaire Barbot), ouvrent les prisons militaires et libèrent les soldats incarcérés, puis se dirigent vers l’Hôtel de ville. Un incident éclate sur la Place d’Armes, où un lieutenant de chasseurs à cheval qui tente de s’opposer au mouvement se fait désarçonner et maîtriser. Une compagnie de territoriaux bavarois est amenée en renfort, mais ils refusent de tirer et réclament leurs papiers pour pouvoir rentrer chez eux. Un comité provisoire du conseil des soldats et ouvriers est alors constitué à l’Hôtel de ville, dont le balcon s’orne d’un drapeau rouge – en fait un drapeau turc dont les parties blanches, croissant de lune et étoile musulmane, sont teintes au minium. Le conseil se donne pour président un sous-officier, Heinrich Voortmann. Dès son installation, ce conseil lance un appel au calme à la population et aux soldats, destiné à rassurer à la fois la population civile et les militaires. L’administration municipale, le maire Forêt en tête, puis le gouverneur militaire Lequis acceptent de coopérer avec le nouveau pouvoir, voire de se soumettre à son autorité. Jeanne Haas peut écrire, le lendemain 10 novembre : « Le conseil des ouvriers et des soldats, maître absolu de Metz et de toutes les institutions policières et autres, multipliait ses séances et réunissait des adhérents de plus en plus nombreux devant la mairie où flotte un immense drapeau rouge. »   Le comité de soldats réuni à l’Hôtel de ville, et le comité des ouvriers de la rue Mazelle élisent leurs directions respectives, qui vont former le conseil définitif. Celui-ci entre en fonction le lendemain 11, et décide aussitôt la remise en liberté des prisonniers politiques et le rappel des expulsés, l’abolition de la censure postale, la libération immédiate des soldats alsaciens-lorrains se trouvant dans les unités proches de Metz, et la suppression de toutes les restrictions de voyage. Le 13, il demande au nouveau gouvernement allemand le renvoi immédiat de tous les soldats alsaciens-lorrains, et autorise les entretiens téléphoniques. Le même jour, afin d’éviter les pillages, les exactions et les agressions, les dirigeants du conseil signent avec le maire Forêt et le conseil municipal un appel aux soldats revenus dans leurs foyer de se présenter au service de la garde civique afin de renforcer le maintien de l’ordre. Appel peu entendu semble-t-il, les soldats libérés, revenant de la guerre, n’ayant sans doute guère envie de reprendre du service pour une autorité plus fantoche que réelle. Le 17, alors que les derniers soldats allemands quittent la ville, le conseil évacue l’Hôtel de ville : « Les locaux où il a siégé, se souviendra plus tard un Messin, ressemblent plutôt à un camp de bohémiens qu’à autre chose. Leur fameux drapeau rouge a disparu avec eux. » Le Soldatenrat a vécu : les premiers soldats français entrent à Metz.
Metz en tricolore  Ce dimanche 17, à Metz (où les statues des souverains allemands sont abattues) les choses se précisent. Le maire Forêt remet la direction des affaires municipales à Nicolas Jung, tandis qu’arrivent en éclaireurs le colonel Matter, représentant le général Mangin, investi du commandement de la place de Metz, et le colonel Havard, chargé de réquisitionner des bureaux à l’Hôtel de ville et à l’hôtel de la Princerie. Arrive aussi le commandant Delarue, chargé de la direction des services de sûreté. Des patrouilles du 5e bataillon de chasseurs à cheval, chargées de veiller à l’ordre public, sont accueillies dans l’enthousiasme et avec la chaleur que l’on imagine : « Nos rues extrêmement houleuses, écrit Jeanne Haas, présentent l’animation des meilleurs jours, tous arborent la cocarde aux chères couleurs. »  À 17 heures, se tient dans la salle Saint-Bernard, rue Haute-Seille, une réunion présidée par Nicolas Jung, chargée de préparer la réception solennelle des troupes françaises, fixée au surlendemain 19 novembre. Il est prévu que le général Mangin fera son entrée dans Metz en passant sous la porte Serpenoise, accompagné de deux divisions, lesquelles défileront sur l’actuelle place de la République avant de gagner, par la rue Serpenoise, la place d’Armes : la cérémonie s’achèvera par un vin d’honneur offert à la mairie aux officiers, puis un bref office à la cathédrale. Une fête que l’on souhaite simple et spontanée, en attendant la réception grandiose « que Metz prépare au général Foch, à Messieurs Poincaré, Clemenceau et autres, lesquels viendront sans doute dans le courant de la semaine prochaine », ainsi que le note notre narratrice – qui semble ignorer que Foch a été fait maréchal de France le 6 août, et qui conclut : « On s’est séparés aux cris mille fois répétés de Vive la France ! et en chantant La Marseillaise, tandis que maints regards brillaient de chaudes larmes. »Entre le 19 novembre et le 8 décembre 1918, Metz  va vivre à l’heure de la délivrance et du retour à la France : libérée du joug allemand, redevenue française, Metz accueille l’armée de la République victorieuse et ses plus grands chefs (19 et 26 novembre), puis son président et son gouvernement (8 décembre). En recevant Poincaré et Clemenceau dans une atmosphère de liesse et de ferveur patriotique à la hauteur de l’événement historique, Metz se donne, et avec elle la Moselle, à une République dont tous espèrent qu’elle saura maintenant mener à bien une tâche essentielle, dans la continuité de la victoire militaire : la réintégration.

                                                                                 

        

L’immigration juive allemande en Moselle à partir de 1933

Enregistré dans : Histoire de la Moselle — pbrasme @ 17:09

 L’accession d’Hitler au pouvoir s’accompagne dès les premiers mois de l’année 1933 d’un muselage systématique voire d’incarcérations en camp de concentration des opposants politiques (communistes, sociaux-démocrates, syndicalistes…). Dans le même temps, Hitler commence à appliquer son programme antisémite, et très vite la vie devient impossible en Allemagne pour la communauté israélite : pour les commerçants à cause du boycott des magasins juifs, pour les étudiants à qui l’on ferme les portes des facultés, et pour les artistes et les intellectuels (dont Einstein) en non-conformité avec l’idéologie nazie.      Voilà qui explique la  montée en flèche de l’émigration vers la France de ceux que la Sûreté Générale désigne sous le terme de réfugiés israélites allemands. Le ministère de l’Intérieur, par l’intermédiaire du Service Central des Cartes d’Identité des Etrangers, fournit des statistiques révélatrices pour la seule année 1933 : 1 531 réfugiés au mois de mai, 4 985 en juillet, 8 164 en août, 11 598 en novembre. 

     Or en Allemagne même, une organisation sioniste facilitait le départ pour la France de jeunes israélites âgés de 16 à 21 ans. Il s’agit du « Hehalutz » (le pionnier) dont le bureau était situé à Berlin au 10 Meinekestrasse, au siège même de l’Office palestinien d’émigration (Palästinaamt der Jewish Agency), lequel office détenait le monopole des certificats d’établissement en Palestine. 
Mais dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir, fut ouverte à Strasbourg une succursale du « Hehalutz », au 17 de la rue de l’Ail. Quel était son rôle ? D’abord accueillir les jeunes réfugiés qui transitaient par Sarrebruck, où le bureau de Berlin avait un relais en la personne d’un certain docteur Voss qui remettait aux réfugiés les moyens nécessaires pour se rendre à Strasbourg. Ensuite et surtout  placer les réfugiés chez des agriculteurs de la Moselle et du Bas-Rhin ou dans des écoles d’agriculture afin qu’ils acquièrent une formation leur permettant de s’établir par la suite en Palestine, cette formation étant la condition sine qua non imposée par le gouvernement anglais qui délivrait alors les certificats d’immigration. 
De fait, dès le mois de mai 1933, le sous-préfet de Sarrebourg signale au préfet de la Moselle la présence de réfugiés israélites dans bien des villages de la région (Bébing, Barchain, Sarraltroff, Hesse, Vieux-Lixheim, Berthelming, Langatte…). Or, comme le contrôle de l’immigration et la lutte contre sa forme clandestine donnent lieu à des rapports de gendarmerie  individuels, ces documents constituent des témoignages assez souvent émouvants sur les motifs qui ont poussé hors de l’Allemagne des jeunes de toute condition sociale et qui, pour la plupart, ne se destinaient pas à une carrière dans l’agriculture. Il y eut en Moselle deux autres points de chute : l’Ecole d’Agriculture de Courcelles-Chaussy, qui accueille dès juin 1933 quatorze réfugiés, et ce à l’initiative de son directeur, Léon Der Khatchadourian. Dans l’arrondissement de Thionville, l’Oeuvre israélite franco-luxembourgeoise crée une Ecole pratique de jardinage à Altwies-Mondorff, où le propriétaire de l’ancien hôtel de Paris  met ce bâtiment alors désaffecté à la disposition de l’Oeuvre pour une durée de neuf ans, ce qui permet l’accueil de quarante-cinq réfugiés par année de formation. Il est clair que ces jeunes réfugiés ne représentent qu’un faible pourcentage par rapport à l’ensemble de l’immigration allemande.     Or si la France, dans la décennie précédente, avait pu se permettre une politique d’accueil généreuse vis-à-vis des réfugiés russes de 1917 à 1920, et arméniens de 1919 à 1923, sa situation économique ne lui permet plus en cette année 1933 d’absorber un tel flux migratoire. D’où les difficultés auxquelles se heurtent ces jeunes, comme tous leurs compatriotes, une fois sur le sol français. D’abord des difficultés administratives. Le gouvernement français entendant maîtriser l’immigration, l’obtention d’un visa d’entrée devient problématique, et plus encore la régularisation de leur situation quand ils sont sans papiers. En ce qui concerne les jeunes israélites  dont il est question, ils trouvent en la personne de Madame Renée Lévy-Sternheimer, avocate messine, une aide précieuse. Ses nombreuses démarches tant au niveau de la préfecture que du ministère de l’Intérieur  évitent à beaucoup l’expulsion pure et simple du territoire français.  Ensuite, des difficultés liées à la conjoncture : en 1933, au plan national comme au plan départemental, l’arrivée de réfugiés allemands est très mal perçue en raison de la crise économique et du chômage, faisant qu’ils sont immédiatement et globalement perçus comme des indésirables. Le Figaro du 17 août 1933 titre : « Les réfugiés allemands dans l’Est : la présence en nombre considérable dans nos trois départements recouvrés de réfugiés allemands pose un problème économique complexe. »      

En effet, le 15 août 1933, la Chambre de Commerce de Metz et  Camille Hocquard, alors président de la Fédération des groupements commerciaux, adressent une lettre de protestation à Paul Valot, directeur général des Services d’Alsace-Lorraine à la Présidence du Conseil. Lettre dans laquelle il est demandé aux pouvoirs publics de protéger l’industrie et le commerce français en interdisant aux réfugiés allemands de s’installer et de créer des entreprises dans les départements recouvrés. Puis en novembre c’est M. J. Merz, membre du syndicat des Maraîchers et Horticulteurs de Moselle, qui envoie à son président, Ernest Kempnich, une lettre exprimant des craintes sur les activités de l’Ecole de jardinage installée à Altwies-Mondorff. Son auteur redoute que cette association israélite n’ait pour but véritable l’introduction frauduleuse en France de plants en provenance de Belgique et du Luxembourg. On les suspecte de concurrence déloyale. Le 7 août 1933, un incendie éclate sur le chantier de battage de l’école d’Agriculture de Courcelles-Chaussy. Les soupçons, voire les accusations, se portent immédiatement sur les quatorze réfugiés israélites alors élèves stagiaires dans l’établissement. Seule une enquête les innocente, en établissant la culpabilité d’un domestique de culture embauché par l’école, ce dont le préfet rend compte officiellement à Edouard Daladier.      Il y a donc parfois, on le voit bien, des réactions antisémites. On peut alors se demander, avec prudence toutefois, si les Français ne sont pas en train de tomber dans le piège tendu par Hitler, piège consistant à ne pas entraver le départ des Israélites allemands afin de provoquer le mécontentement de la population d’accueil et par suite faciliter chez celle-ci l’adoption d’attitudes antisémites. 

Jeanne Vincler
Présidente de l’association Du Chaussy à Courcelles 

Pierre Louis Roederer (1754-1835) : un Messin en Révolution

Enregistré dans : Histoire de la Moselle — pbrasme @ 17:08

Onzième des quinze enfants de Pierre-Louis Roederer, substitut du procureur général près le parlement de Metz, et de Marguerite Gravelotte du Saulcy, Pierre-Louis (on lui donne le prénom de son père) Roederer est né à Metz le 15 février 1754. Il fait ses études au collège royal de Metz, tenu par les Vannistes, puis est envoyé faire son droit à Strasbourg, où il découvre Locke, Rousseau, Voltaire et l’Encyclopédie. Il obtient sa licence en 1771, et revient à Metz où il est reçu la même année comme avocat au parlement de Metz ; peu enthousiasmé par la profession, il se contente de seconder son père et l’avocat Emmery, qui luttent pour le rétablissement du parlement de Metz. Il épouse en 1779 Eve Régine Louise de Guaïta, la fille d’un riche banquier de Francfort propriétaire des verreries de Saint-Quirin, qui lui donnera cinq enfants et dont il divorcera au lendemain de la Terreur. L’année suivante, Roederer achète une charge de conseiller au parlement de Metz. Il est élu à la Société Royale des Sciences et des Arts de Metz (la future Académie). En 1784-1785, il se rend à Paris pour plaider la cause de la compagnie de Saint-Quirin contre celle de Saint-Gobain ; il plaide devant Calonne, et apparaît ainsi pour la première fois sur la scène parisienne, où il rencontre Dupont de Nemours (dont il devient l’ami personnel), Condorcet et Turgot. En 1787, il publie une importante étude sur le reculement des barrières douanières, revendiquant l’abolition des droits de douane entre les Trois-Evêchés et le reste de la France. La même année, il est à la Société Royale de Metz le rapporteur du mémoire de l’abbé Grégoire sur l’émancipation des juifs, et contribue à son succès. Avec Lacretelle, il fait partie de la Société des Philathènes, fondée en 1759 à Metz, où se rencontrent les intellectuels des Trois-Evêchés. Le 4 novembre 1788, les représentants des Trois-Ordres de Metz et le Magistrat (dirigé par le maître-échevin Maujean) réclament à leur profit, au nom de l’ancien statut impérial de la ville, une députation complète aux Etats généraux. Une prétention contre laquelle s’élève Roederer, qui trois jours plus tard publie un essai qui fait grand bruit : « De la députation aux Etats Généraux », où il expose ses idées sur la société et l’organisation des pouvoirs, montrant que la division par ordres n’est pas compatible avec l’idée de Nation. Avec son ami Emmery, il réunit à l’hôtel de ville, le 15 janvier 1789, une « assemblée patriotique » composée de 70 ecclésiastiques, 70 nobles et 70 bourgeois. Il est désigné pour rédiger le cahier de doléances de la noblesse du bailliage de Metz, mais celle-ci, dans un sursaut de conservatisme, rejette sa candidature. Le 14 avril, la noblesse des Trois-Ordres élit le baron Poutet, tandis que deux jours plus tard le tiers état de Metz désigne le maître-échevin Pierre Maujean (partisan du vote par ordres) : il y a un député de trop. Roederer considère cette élection comme irrégulière, et publie ses « Observations sur l'élection d'un prétendu député de la ville de Metz ». Les 9 et 10 juillet, poussée par Emmery, la Constituante invalide les deux députés. Le 25, Roederer est élu président du comité patriotique de Metz, que Louis XVI érige, le 21 août, en comité municipal pour gérer la cité à la place des Trois-Ordres ; vainqueur de la révolution municipale messine, devenu quasiment le maire de Metz, Roederer en est élu le député direct le 26 octobre, et part le 1er novembre pour Paris, où il s’installe au faubourg Saint-Antoine. Il s’inscrit peu après à la Société des Amis de la Constitution. À la Constituante, Roederer siège avec la gauche modérée aux côtés de Siéyès, et devient un proche de Mirabeau. Sa première intervention, le 17 novembre, est pour défendre ses anciens collègues du parlement de Metz, qui le 12 ont protesté contre la vacance des cours décrétée par l’Assemblée. Il se prononce pour la mise à la disposition de la nation des biens du clergé, et contre le cens d’éligibilité. Avec Grégoire, Mirabeau, Robespierre et Barnave, il soutient le droit de vote des juifs, des comédiens et des hommes de couleur. Roederer intervient également en faveur de l’extension du principe représentatif à tous les niveaux de l’Etat. Le 11 avril, il est élu secrétaire, et le 14 entre au comité des finances, dont il devient l’un des principaux animateurs et le rapporteur, et où il déploie une intense activité : il est le principal rédacteur du texte sur les contributions foncière et mobilière, et rédige les lois sur le timbre et sur la patente. Intervenant dans tous les domaines, il est l’un des députés les plus actifs de la Constituante. Au mois de mai 1790, avec La Fayette, Mirabeau et Siéyès, il quitte les Jacobins, avant d’y retourner quelques mois plus tard. Rallié à la thèse de l’enlèvement du roi au moment de Varennes, il s’oppose le 13 juillet 1791, aux Jacobins, à la pétition demandée en faveur de la mise en accusation de Louis XVI. Confiant dans le fonctionnement de la constitution, Roederer estime (contrairement à un Robespierre) la Révolution terminée. Le 10 novembre, il est élu procureur-général syndic du département de la Seine, devenant ainsi officiellement le représentant du roi. Chargé de faire appliquer la loi, il doit en même temps contenir les sections, où de plus en plus le mot de république est prononcé. Il continue de fréquenter le club des Jacobins, où il s’exprime en faveur de la guerre et attaque la contre-révolution. Au mois d’avril 1792, il contribue à la mise au point de la première guillotine : en effet, la Législative lui ayant demandé de concevoir un outil simple, rapide et fiable pour les exécutions capitales, il écrit d’abord à Guillotin (qui ne répond pas), avant de s’adresser à son compatriote messin le docteur Louis, secrétaire perpétuel de l’Académie de chirurgie, qui permet de faire aboutir le sinistre – mais pourtant humanitaire – projet. C’est entre le 20 juin et le 10 août que Roederer se trouve au cœur des événements. Face à la montée du mouvement populaire, il doit veiller au respect de la loi et à la sauvegarde du roi. Averti quelques jours plus tôt de la préparation d’une manifestation populaire, il se présente le 20 juin vers midi à la barre de l’Assemblée pour annoncer que le peuple de Paris se met en mouvement : « Un rassemblement extraordinaire de citoyens armés a lieu en ce moment malgré la loi… Planter un arbre de la liberté, faire une fête civique, apporter à l’Assemblée nationale un nouveau tribut d’hommages et de nouveaux témoignages de zèle pour la liberté, tel est certainement le but de la grande partie de ce rassemblement. Mais nous avons lieu de craindre que ce rassemblement ne serve, à son insu peut-être, à appuyer par l’appareil de la force une adresse au roi, à qui il ne doit en parvenir que sous la forme paisible d’une pétition. Les rapports qui nous ont été faits cette nuit… ont autorisé nos craintes à cet égard. » S’il ne montre aucune sympathie pour les manifestants des faubourgs, il ne s’oppose pas à l’admission des pétitionnaires à l’Assemblée (à qui il rappelle qu’elle en a pris l’habitude). Mais il condamne l’intrusion du peuple aux Tuileries et l’insulte faite au roi (« le comble de la démence et de la scélératesse ») et comprend que la Révolution ne sera sauvée que si elle reste modérée : « Seule la constitution pourra sauver la constitution.» Le 10 août est sans doute la journée la plus importante de la vie de Roederer, puisque durant quelques heures il détient entre ses mains le sort de Louis XVI et le destin du pays, voire son propre destin. Dans la nuit du 9 au 10, il présente au roi et à la reine un rapport faisant état d’une certaine agitation des faubourgs, mais qui se veut encore rassurant. Vers trois heures du matin, la situation se dégrade, et la commune insurrectionnelle se met en place. Interrogé par la reine, Roederer émet pour la première fois l’idée que la famille royale se place sous la protection de l’Assemblée. Quelques heures plus tard, l’émeute approchant, il court chez le roi, qu’il parvient à convaincre : « Votre Majesté n’a pas cinq minutes à perdre ; il n’y a de sûreté pour Elle que dans l’Assemblée Nationale. L’opinion du département est qu’il faut s’y rendre sans délai… Il y a douze pièces de canon et il arrive un monde immense des faubourgs… Tout Paris marche, Sire, le temps presse ; ce n’est plus une prière que nous venons vous faire, ce n’est plus un conseil que nous prenons la liberté de vous donner ; nous n’avons qu’un parti à prendre en ce moment, nous vous demandons la permission de vous entraîner. » Devançant la famille royale, Roederer la conduit, au milieu d’une foule hostile, du château des Tuileries à la salle du Manège, où il donne lecture de son rapport sur les événements de la nuit, avant que le roi soit autorisé à prendre place dans la loge du logographe. Mais, accusé de complicité avec la cour par certains députés, et surtout d’avoir donné l’ordre aux Suisses de tirer sur la foule (ce qui est faux), il se cache durant deux mois chez son ami Lebrun, procureur général syndic de Seine-et-Oise. Roederer reparaît au mois d’octobre, et écrit plusieurs articles dans le Journal de Paris. Lorsque commence le procès de Louis XVI, il dénie à la Convention le droit de s’ériger en tribunal, et se déclare en faveur de l’appel au peuple. Il soutient les Girondins contre la Montagne, mais se tient prudemment à l’écart au moment de leur chute. Il se cache à nouveau, et évite de s’exprimer avant le 9 thermidor. Il s’occupe à traduire le De Cive de Hobbes, et pense désormais qu’il faut fixer les acquis de 1789 en restaurant un Etat fort, sur la base de la propriété et d’un régime représentatif strict. En janvier 1795, il devient propriétaire pour moitié du Journal de Paris, et peu à peu glisse vers la droite : il condamne les insurrections du printemps 1795 (« Le peuple vote, mais n’ordonne pas »), et affirme : « Ce qu’il faut, c’est un gouvernement sans populacité ». Mais, opposé à la constitution de l’an III, et notamment au décret des deux tiers, il est à nouveau accusé de royalisme. Elu professeur d’économie à l’Ecole Centrale, Roederer entre au mois de mai 1796 à l’Institut National des Sciences et des Arts, dans la classe des sciences morales et politiques, section d’économie. Au mois d’août, il publie un Journal d’Economie Publique, de Morale et de Politique, où il écrit dans le premier numéro : « L’ordre, l’ordre ! Voilà l’objet de toute constitution, la tâche de tout gouvernement… L’ordre est la sagesse de la nature. » Pour lui, comme pour Siéyès, la société future doit reposer sur l’ordre, la propriété et les principes de 1789, ce qui suppose un Etat fort et un pouvoir concentré. En attendant la réalisation de ce vœu, Roederer écrit de nombreux articles, et au passage critique l’attitude de certains généraux, comme Bonaparte qui, en Italie, pille les richesses pour renflouer le Directoire. En 1797, il accentue ses critiques envers le régime, qu’il qualifie de « monstruosité » et appelle les Cinq-Cents à le déclarer hors-la-loi. Au mois de septembre, après le coup d’Etat de fructidor, Roederer figure sur une liste de cinquante-quatre responsables de journaux promis à la déportation : grâce à Talleyrand et Siéyès, son nom est « remplacé » par un autre. Il quitte alors Paris. À son retour, invité à un dîner chez Talleyrand le 13 mars 1798, il est présenté à Bonaparte (« Je suis charmé de faire votre connaissance ; j'ai pris la mesure de votre talent en lisant un article que vous avez écrit contre moi il y a deux ans », lui dit Bonaparte). Avec Talleyrand et Siéyès, il prend une part active à la préparation du coup d’Etat du 18 brumaire, et rédige la lettre de démission de Barras. Il espère secrètement devenir l’un des consuls, mais, Bonaparte lui ayant fait comprendre qu’il avait trop d’ennemis, il lui recommande Lebrun (envers qui il a une dette depuis 1792). Le 24 décembre, il est nommé au Conseil d’Etat, et désigné pour présider la section de l’Intérieur, fonction qu’il conserve jusqu’au 14 septembre 1802. Devenu l’un des confidents et hommes de confiance de Bonaparte, il est chargé de négocier avec son frère Joseph un traité d’amitié avec les Etats-Unis, signé en septembre 1800. Le 12 mars 1802, il est nommé directeur général de l’Esprit public, fonction qu’il exerce jusqu’en septembre et dans laquelle il s’oppose à Chaptal, ministre de l’Intérieur, qui le discrédite auprès de Bonaparte. Ecarté du Conseil d’Etat, il est nommé au Sénat, et se voit confier diverses missions, en Suisse (1803), dans le royaume de Naples (il y est ministre des Finances du roi Joseph de 1806 à 1808), en Espagne auprès du même Joseph (1809), et dans le Grand-Duché de Berg comme ministre (1810-1813). Grand officier de la Légion d’honneur, comte d’Empire, il est nommé préfet de l’Aube en février 1814, puis commissaire à Strasbourg. Après le retour de l’empereur, il est envoyé à Lyon comme commissaire du gouvernement, avec tous les pouvoirs pour rétablir l’ordre dans le sud-est, où les royalistes se sont soulevés. Il est rappelé à Paris fin mai, et nommé à la Chambre des Pairs. Ecarté de toutes ses fonctions et exclu de l’Institut, il se retire alors à la campagne, dans sa demeure normande de Bois-Roussel, où il se consacre à rédiger des ouvrages, notamment sur Louis XII et François Ier. Après la révolution de juillet, il se met au service de Louis-Philippe, qui le nomme maire d’Essay, en Normandie, puis, le 11 octobre 1832, membre de la Chambre des Pairs. Quelques jours plus tard, il réintègre l’Institut. Il meurt le 17 décembre 1835 à Bois-Roussel. Lecture conseillée : Roederer (1754-1835), par Thierry LENTZ, Editions Serpenoise, Metz, 1989, 223 pages.